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Une Page de Côté – Avril 2020

Une page de côté : pour un livre, je vous en recommande un autre auquel j’ai pensé durant ma lecture. Retrouvez cette série tous les jeudis sur mon compte Instagram.

Du domaine des murmures / Les Liens invisibles

Un peu de poésie dans la prose avec Du domaine des Murmures de Carole Martinez et Les Liens invisibles de Selma Lagerlöf (trad. M. de Gouvenain, L. Grumbach)⁣ ⁣
Des histoires qui font revivre le passé en une trame qui se défait du temps pour laisser la place à l’émotion, aux liens qui se font et se défont entre les êtres, mais aussi entre les lieux.⁣

Du domaine des Murmures est l’histoire d’Esclarmonde qui refuse en 1187 le mariage et décide de devenir recluse ; elle nous conte cette étrange vie, marquée par la douleur et le refus des hommes – mais aussi par la beauté, la joie et l’inspiration qui peut jaillir des sources les plus inattendues. ⁣

Les Liens invisibles sont composés d’une vingtaine de nouvelles, dans lesquelles Selma Lagerlöf tisse, avec tout son talent de conteuse, des tableaux à la lisière entre réel et rêve, entre conte et récit, avec toujours une nature magnifique comme toile de fond.⁣

Ne vous y trompez pas : au coeur de la beauté se cache aussi la cruauté, et ces deux livres sont loin d’en être dépourvus. Elle mord au moment où on l’attend le moins, dévaste et désole ; mais vous trouverez aussi la guérison entre ces pages.⁣

La Forêt des mythagos / Les Maîtres du jeu

Plongeons dans les légendes anglaises avec La Forêt des mythagos de Robert Holdstock (tr. W. Desmond & P. Marcel) et Les Maîtres du jeu de Roger Norman (tr. A. Piganiol)⁣ ⁣
Deux romans de fantasy qui plongent leurs protagonistes (et nous) sans crier gare dans des légendes oubliées, des figures mythiques qui se réveillent d’un sommeil peut-être pas si profond que ça et bouleversent tout ce que les héros croyaient savoir de cette vieille île d’Albion.⁣

Ce sont deux ouvrages assez différent que je vous propose cette fois, dans le sens où la Forêt des mythagos est un livre de fantasy adulte bien plus long, complexe et tortueux que Les Maîtres du jeu, qui s’adresse lui à un public jeunesse. Cependant, on retrouve dans ces deux univers la même notion que les légendes se cachent juste là, à portée de chuchotement. Qu’elles sont tellement liées aux histoires que les humains se racontent depuis l’aube des temps qu’il suffit d’endosser le manteau du conteur pour éveiller des forces magiques primordiales…⁣

Si vous aimez les livres qui cherchent à lever le voile sur d’anciennes vérités, qui remontent sans coup férir jusqu’aux racines oubliées de l’humanité, alors ces deux romans vous plairont. Et si la Forêt des mythagos, du haut de ses quelques 1500 pages d’intégrale vous intimide, commencez déjà par Les Maîtres du jeu pour vous mettre en appétit !⁣

Vous aimez l’idée de chercher les parcelles de vérité derrière le voile des légendes ? Moi, j’en raffole ! Si vous avez d’autres recommandations sur ce thème, je suis toute ouïe…⁣

Les Vestiges du jour / Villette

Un peu de mélancolie avec The Remains of the Day de Kazuo Ishiguro (en français Les Vestiges du jour, trad de Sophie Mayoux) et Villette de Charlotte Brontë.⁣

Le roman de Charlotte Brontë, fortement influencé par sa propre vie, nous conte l’histoire d’une jeune anglaise exilée en Belgique, où elle donne des cours d’anglais et doit affronter la barrière des moeurs qui s’oppose à son bonheur ; celui de Kazuo Ishiguro suit un majordome parti en voyage durant un été et qui se confronte à la vie qu’il a menée.⁣ ⁣


Je disais mélancolie, et c’est un fait, le bonheur comme les éclats de rire sont bien loin de ces deux romans. Mais c’est une mélancolie douce, feutrée, celle des personnes qui cherchent à trouver un peu de soleil depuis la place à laquelle elles sont condamnées à l’ombre d’un monde trop dur. Ce sont aussi et surtout des portraits virtuoses, à la fois de personnes mais aussi d’époques et de milieux, certes différents, mais croqués avec la même subtilité, la même finesse dans le détail.⁣

Si vous aimez les romans impressionnistes, les histoires d’amour douces-amères et la délicatesse des regrets étouffés, l’un comme l’autre nourriront vos rêveries.⁣

Vanity Fair / Jonathan Strange & Mr Norrell

Plongeons quelques siècles en arrière avec Vanity Fair de W.H. Thackeray et Jonathan Strange & Mr Norrell de Susanna Clarke.⁣

Deux bons pavés que je vous propose là, mais Susanna Clarke a fait un tel travail pour mêler fantasy et histoire que je n’ai pas pu me sortir Vanity Fair de la tête durant toute ma lecture. Jeunes parvenus, vieux aristocrates impitoyables, secrets, mensonges, tout ça sur le fond d’une guerre qui fait parfois irruption sur le devant de la scène…⁣

Ces deux romans ont un rythme bien particulier, parfois lent voire traînant, soudain rapide lorsque claque un retournement brutal. Ils ont également un style superbe – je ne vais pas vous vendre un auteur aussi classique et reconnu que Thackeray, en revanche je peux vous dire que le travail de Susanna Clarke est phénoménal. Et l’ajout de tous les éléments féériques est subtil mais fascinant !⁣

Rebecca / Le Château des Bois-Noirs

Retour sur une autre oeuvre de Daphne du Maurier : Rebecca (tr. Denise Van Moppès), que j’aimerais confronter au Château des Bois-Noirs de Robert Margerit.⁣

On repart sur une ambience gothique – le fait qu’il pleuve à verse ici n’y est sans doute pas pour rien, je suis une lectrice très influencée par la météo apparemment ! Rebecca nous compte l’histoire d’une jeune ingénue, nouvelle épouse du riche monsieur de Winter, qui voit l’ombre de sa première épouse s’étirer sur sa nouvelle vie. Le Château des Bois-Noirs est aussi l’histoire d’un mariage et d’une ancienne demeure dont le lourd passé pèse à la jeune épousée, jusqu’au drame…⁣

Passions enflammées vouées au tragique, demeures anciennes qui deviennent les témoins muets des déchirements du foyer, caractères sournois, perfides, cruels qui se dévoilent peu à peu, injustice et toujours, au coeur de tout cela, l’amour…⁣

Les atrocités s’esquissent, se devinent entre les lignes, sautent soudain de la page pour se loger comme une écharde sous les ongles. Les sentiments tournoient jusqu’à donner la nausée, réveiller le malaise. Mais surtout, ce que ces deux romans ont en commun, c’est d’être habités par une présence intangible mais bien là, qui s’infiltre entre les lignes : celle de Rebecca, celle des Bois-Noirs.⁣..

Rendez-vous le mois prochain pour le récapitulatif des Pages de Côté du mois de mai ; et si ces recommandations vous ont inspirées ou si vous avez envie d’en discuter, on se retrouve dans les commentaires !

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