plaisir de lire

Lire pour s’évader

Cette semaine ça suffit, je claque la porte, je prends la fuite, je déguerpis.

Je m’évade.

Mais comment, alors que l’heure est au confinement ? Vous l’avez vu venir, vous l’avez lu venir : avec un bon bouquin, évidemment !

Ces derniers temps, avec le confinement, les recommandations de lecture pullulent pour permettre à leurs lecteur·ices de s’évader, à défaut de pouvoir sortir de la maison. Je ne vais pas ajouter une liste de plus à toutes celles-ci, mais j’avais envie de discuter un peu lecture et évasion avec vous ; après tout, avec plus de vingt ans de pratique au compteur, je me considère un peu comme une experte en la matière. Alors évadons-nous ensemble !

Les genres de l’évasion

Déjà, posons les termes : je vais parler ici de romans, car c’est à mon sens le genre littéraire le plus approprié à l’évasion. Le théâtre est trop ancré dans le réel, et puis lire du théâtre c’est quand même moins intéressant que d’aller au théâtre. Les nouvelles ne me transportent pas autant : trop court, je n’ai pas le temps de m’immerger avant que ce soit fini. La poésie… Question de goût : j’imagine que la poésie peut effectivement marcher, mais j’aime trop la scander à voix haute pour qu’elle me permette vraiment de disparaître entre les pages. Quant aux ouvrages de non-fiction… Je ne dis pas, c’est sûr que les considérations de Platon et de Kant sont éloignées de mon quotidien. Mais disons que c’est plutôt de leur lecture que j’aurais envie de m’évader, pour être honnête !

Parlons donc romans. Même s’il ne peut y avoir de roman sans imaginaire, il y a tout de même certains genres qui favorisent l’évasion – dont, justement, ceux de l’imaginaire : fantasy, science-fiction, fantastique… L’avantage indéniable qu’ont beaucoup de romans de SFFF, c’est qu’ils comptent de bons pavés dans leurs rangs, et adoptent souvent des styles particulièrement immersifs. Après tout, il faut quand même travailler ce point, si on veut arriver à plonger son lectorat dans un univers complètement différent !

Bien sûr, tous les romans qui nous éloignent de notre quotidien peuvent aussi fonctionner, pas besoin de se cantonner à la SFFF si ce n’est pas votre tasse de thé. Une époque différente, un lieu éloigné, une culture qu’on connaît mal, tout ça peut nous permettre, surtout entre les mains d’un·e auteur·ice talentueux·se, d’oublier le temps d’une ou deux heures de lecture tout ce qui nous entoure d’habitude. Et par la même occasion d’apprendre plein de choses, histoire de faire la nique aux grincheux qui pourraient vous reprocher de passer trop de temps le nez dans un bouquin !

Lime, pelle, hélicoptère : chacun·e sa méthode pour une évasion réussie

On a tous des ouvrages auxquels on pense tout de suite quand on évoque l’envie d’évasion ; moi, par exemple, j’ai à l’esprit les séries de Robin Hobb, de G.R.R. Martin, mais aussi dans une certaine mesure Le Seigneur des Anneaux de Tolkien ou les Harry Potter. Si vous prenez le temps de vous demander vers quels livres vous vous tourneriez, ce ne seront sans doute pas les mêmes ; mais qu’est-ce qui préside à ces choix ?

En-dehors des préférences personnelles, je pense que la nostalgie a un rôle très important à jouer là-dedans. Un livre découvert à un certain âge, notamment en fin d’enfance ou début d’adolescence, nous forme plus que d’autres, à mon sens ; il va garder une place de choix dans notre panorama de lecture, même des années plus tard. Et même s’il peut y avoir des déceptions quand on se lance dans une relecture, on échappe tout de suite à son quotidien en se plongeant dedans, justement grâce à cette intimité développée à une période charnière avec le texte.

Un autre point qui m’intéresse, sans doute parce que j’ai une formation de traductrice et que je lis en plusieurs langues (anglais, italien et dans une certaine mesure suédois), c’est l’impact de la version qu’on lit sur la capacité à se plonger si profondément dans le texte que tout ce qui nous entoure disparaît. Ainsi, j’ai davantage l’impression de m’évader quand je lis en anglais, qui n’est pas ma langue maternelle mais que je maîtrise suffisamment pour n’avoir aucune difficulté de compréhension.

J’ai longuement réfléchi sur ce qui pouvait expliquer que je préférais, notamment, lire mes séries de fantasy en langue originale lorsqu’elles étaient écrites par des auteur·ices anglo-saxon·nes. Je me suis posé beaucoup de questions – le français pouvait-il être un langage particulièrement cartésien, au contraire de l’anglais qui disposerait d’un parfum intangible de merveilleux ? Mais plus je réfléchis (et plus je découvre également d’excellent·es auteur·ices de fantasy de langue française), plus je me dis que ce n’est pas le cas ; c’est plutôt que l’anglais est suffisamment décalé de mon quotidien pour me donner tout de suite cette délicieuse impression d’avoir claqué la porte de la routine.

Les problématiques de l’escampette

Déjà, c’est une conviction personnelle, je pense qu’il est toujours risqué de se détacher de manière trop prolongée de son quotidien, au risque de ne plus s’y reconnaître, de ne plus lui trouver le moindre attrait. C’est un risque qui n’est pas limité à la lecture : il peut sans doute se retrouver dans n’importe quelle activité qui nous occupe le cerveau de manière exclusive et des heures durant – les jeux vidéos, la télévision, les films et les séries… Mais les livres peuvent être diablement efficaces de ce point de vue. Vous avez déjà refermé un livre au bout de quelques heures de lecture, avec l’impression de ne plus savoir où vous êtes, de ne pas savoir ce que vous allez faire maintenant ?

Bon, rien de très dur pour trouver la solution à ça : allez faire un peu de ménage, un gâteau, ou jouer avec votre animal de compagnie si vous en avez un, voire avec les humains qui partagent votre vie si vous en disposez. Il paraît même que c’est le moment de s’essayer à faire son pain maison…

Mais à part ça, s’évader, est-ce que ce n’est pas prendre la fuite ? Est-ce qu’il ne vaut pas mieux enfoncer ses talons dans le sol, écarter les bras et faire face à tout ce qui nous donne, justement, cette furieuse envie de nous réfugier dans une lecture qui nous fasse oublier ?

Justement, je dirais que l’avantage de lire, c’est que même quand on veut s’évader, on ne le fait jamais réellement. Aucun livre n’est complètement détaché de son contexte à la fois d’écriture mais aussi de lecture, et au final tout ce qu’on lit va nous affecter en fonction de ce que l’on vit également à côté. L’évasion, dans ce cas-là, ne se fait donc que pour mieux retrouver la réalité. On peut parfois mieux la comprendre grâce à ce pas de côté, ou voir les choses différemment grâce à un nouvel angle d’approche.

On peut s’évader en lisant ; mais c’est toujours pour revenir mieux armé·es pour affronter les difficultés de notre vie – y compris celles qui sortent justement de notre quotidien. Et si ça, ça ne donne pas envie de se plonger dans un bon bouquin…

Vous aussi, vous aimez vous évader entre les pages ? Ou peut-être que vous n’êtes pas du tout d’accord ? Discutons-en dans les commentaires !

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