lecture, plaisir de lire

Lire en V.O. sans être bilingue

Excuse n°358 pour lire davantage : « ça va me permettre d’améliorer mon anglais/italien/chinois/afrikaans » !

Enfin, ça n’est peut-être que moi ; après tout, j’aime les langues, j’ai même un diplôme en traduction. Mais il reste que lire en version originale est l’un des meilleurs moyens que je connaisse pour apprendre une langue. Cependant, se confronter à un livre ENTIER dans une langue qu’on ne maîtrise pas vraiment, ça peut faire peur… Mais dans la vie, il faut du courage. Alors, si vous voulez vous confronter à vos démons, suivez la guide !

L’autrice de cet article ne pourra en aucun cas être tenue pour responsable en cas de blessures et/ou décès suite à une attaque de démons. Si vos démons sont assez réels pour faire s’enflammer spontanément des objets, vous ne devriez sans doute pas les approcher de livres. Juste une idée comme ça.

Trouver le bon livre

Oui, on peut apprendre à parler une autre langue en lisant. Mais attention : pas n’importe quel livre, pas n’importe quand, et pas n’importe comment, sous peine de se dégoûter complètement.

Pour commencer, il vaut mieux maîtriser déjà le b.a.ba de la langue avant de se lancer dans ce genre d’entreprise. Si vous venez juste de commencer un cours pour grands débutants, évitez d’aller tout de suite acheter un pavé classique – il vous faut de bonnes bases grammaticales et syntaxiques avant de vous lancer, et un minimum de vocabulaire. Disons que si vous êtes incapables de comprendre un dialogue de méthode de langue, attendez encore un peu ; par contre, si vous comprenez une conversation et pouvez vous exprimer un peu, vous pouvez vous lancer.

Mais même là, attention ! Le pavé classique, il vaut sans doute mieux encore attendre.

Moment nostalgie : j’ai voulu, au bout de deux ans d’anglais niveau collège, lire Macbeth. Ça s’est aussi bien passé que vous pouvez l’imaginer, et je n’ai plus touché à Shakespeare pendant au moins 5 ans.

Essayez de piocher dans des livres avec un niveau stylistique approprié – en général, ça passe par des livres jeunesses, mais même ceux-là peuvent être traîtres. Il vaut mieux pouvoir feuilleter le livre avant de l’acheter, et essayer de déchiffrer un ou deux paragraphes. Si ça vous prend plus de trois heures et vous flanque la pire migraine de votre vie, il vaut peut-être mieux aller demander conseil au libraire qui s’impatiente derrière vous.

L’ami dictionnaire

Garder son dictionnaire bilingue sous le coude, c’est de la triche ?

Non. Honnêtement, on parle de lecture et d’apprendre une langue. Du moment que vous progressez, tous les coups sont permis. Mais bon, justement, c’est le problème du dictionnaire : ça peut être une bonne idée… Ou pas.

L’avantage du dictionnaire, c’est que ça permet de mieux comprendre ce qui se passe. Plutôt une bonne idée quand même, dans l’absolu.

Le problème du dictionnaire, c’est que ça peut vite devenir addictif. La tentation est grande de chercher chaque mot que vous ne reconnaîtrez pas, et en plus de vous couper complètement la lecture, vous finirez par vous sentir incapable de lire sans le dictionnaire – alors qu’il vaut parfois mieux s’acharner pour finir par comprendre le mot dans son contexte, ou carrément le zapper si ce n’est qu’un mot épisodique.

Moment nostalgie, bis : j’ai un jour lu un chapitre entier de Memory, Sorrow and Thorn de Tad Williams en ayant l’impression que “mole” représentait une entité sombre, sanguinaire et vaguement terrifiante – pour finir par chercher et voir que ça voulait tout simplement dire… taupe ! Et le pire/mieux, c’est que ça n’a strictement rien changé à ma compréhension du chapitre, en fin de compte – il est rare qu’un seul mot vous empêche totalement de comprendre.

Les éditions bilingues

Sont autant vos amies que le dictionnaire, c’est-à-dire de loin, quand vous n’allez pas les voir trop souvent… Le principal problème étant que, même si la lecture est moins coupée que lorsqu’il faut ouvrir un dictionnaire (papier ou en ligne), vous aurez vraiment toutes les peines du monde à ne pas vous reporter à la VF toutes les deux lignes.

Moment nostalgie, ter : le jour où notre professeur d’anglais a voulu nous montrer Pride and Prejudice version Joe Wright, elle a été obligée de scotcher un papier sur l’écran. Quelle idée, sur un DVD, d’avoir seulement une VOST sans l’option d’enlever les sous-titres ? En tout cas, c’est vrai que ne pas les regarder était trop difficile sans les cacher !

Lorsque vous avez appris à parler votre langue maternelle, vous n’aviez pas de traduction. Vous avez appris les mots à force de les entendre dans leur contexte. Dites-vous que là, c’est pareil : essayer d’avoir le moins possible recours à la traduction et au dictionnaire est sans doute le meilleur moyen de vraiment maîtriser la langue, même si c’est parfois un peu frustrant.

Après, les éditions bilingues peuvent être une bonne idée si ce qui vous intéresse, ce sont les différences et similitudes entre un texte et sa traduction. Il faut avouer que c’est quand même plus pratique d’avoir les textes en pendant sur deux pages, plutôt que d’essayer de garder deux livres ouverts sur les genoux.

Moment nostalgie, encore : pour mon mémoire de master, j’ai travaillé sur une comparaison entre les deux traductions disponibles du Hobbit, l’une par Francis Ledoux, l’autre par Daniel Lauzon. J’ai donc pu, à l’époque, faire l’expérience intéressante d’essayer de garder à la bonne page trois livres, dont deux qui refusaient de rester ouverts tous seuls. Un bon exercice physique.

Oui, mais je ne comprends rien quand même

Retour à la case départ : prenez encore un peu de temps pour bien maîtriser les bases, ou essayez un livre d’un niveau moins ardu.

Après, c’est ça aussi, la magie de lire dans une langue étrangère : se plonger dans un univers un peu nébuleux, où beaucoup de mots restent une sorte de mystère, dont vous devinez vaguement la silhouette sans arriver pour autant à percer complètement le brouillard. Excellent stimulant pour l’imagination, et bon exercice de lâcher prise.

Un jour, vous relirez ce premier livre en hongrois, où vous avez été si attendris par l’histoire d’amour entre les deux protagonistes. Vous aurez à présent dix ans d’étude de cette langue derrière vous, et serez capable de comprendre une conférence sur la propulsion thermo-nucléaire (enfin, disons que vous pourrez comprendre les mots que les scientifiques utiliseront, à défaut du sens de leurs phrases).

Et vous réaliserez que ce livre était en fait une histoire de robots dans l’espace. C’est ça, la magie de la lecture : les livres peuvent toujours vous apporter quelque chose de nouveau, même à la relecture…

Alors ? Prêts à vous lancer ? Bon apprentissage ! Et sinon, vous pouvez aussi continuer à lire des traductions – d’ailleurs à ce propos : vous avez l’habitude de regarder le nom de la traductrice ou du traducteur ?

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