Armand se redressa lentement, le sang battant à ses tempes, et prit le temps de vérifier qu’il n’était pas blessé. Quelques brûlures superficielles, une ou deux contusions – rien de grave, mais il sentait encore ses oreilles sonner sous le coup de l’explosion et n’entendait qu’un bourdonnement sourd. Il retint prudemment l’envie de secouer la tête, puis regarda autour de lui.

Mathilde et Joséphine étaient encore à terre ; il s’assura rapidement qu’elles n’étaient pas blessées non plus, puis se mit à la recherche de Faraldr, de Jon et de la reine Christine. Il les trouva au pied du rocher : la reine semblait encore sonnée, mais Faraldr se relevait déjà et Jon se tenait accroupi, regardant tout autour de lui avec les yeux écarquillés.

Ce ne fut qu’alors qu’Armand prit le temps de jeter un regard plus large autour d’eux.

Le vaisseau était à terre, la poupe noircie et éventrée, et il s’en échappait une épaisse fumée noire. Tout autour, le spectacle était effrayant : des gens à terre, remuant à peine, couverts de sang pour certains. Des gémissements commençaient à s’élever autour d’eux – ou plutôt, les oreilles d’Armand commençaient à les lui faire parvenir. Il resta un instant immobile, atterré par l’ampleur du désastre.

Puis Mathilde s’agrippa à ses épaules ; elle lui disait quelque chose. Armand se concentra sur ses lèvres pour essayer de comprendre ses paroles. Elle parlait lentement ; sans doute était-elle aussi à moitié sourde.

— Joséphine les a vus, disait-elle. C’était Lars. C’était Lars, Armand.

Il serra les dents. Il se rappelait très bien des échanges de tirs, avant l’explosion. C’était sans doute une balle perdue qui l’avait provoquée. Il regarda autour de lui, essayant de garder la tête froide, mais ne vit pas la moindre trace du traître.

— Tu devrais partir avec Faraldr, Mathilde. Tout de suite. Le vaisseau de la reine ne pouvait pas être seul, son escorte a dû entendre l’explosion, ou voir la fumée…

— Je ne peux pas partir ! s’écria-t-elle en se rejetant en arrière, l’air furieuse. Il faut aider ces gens !

Armand serra les dents et lui attrapa le poignet avant qu’elle ne s’écarte davantage.

— Mathilde…

— Non, Armand. De toute manière, où pourrions-nous aller ?

Ils se jaugèrent un instant du regard ; puis Armand soupira et la lâcha.

— Très bien. Viens, allons retrouver Faraldr.

Elle appela Joséphine qui aidait des gens à se relever, puis ils se rapprochèrent du rocher, guettant les alentours à la recherche de Lars – mais il avait sans doute déjà pris la fuite.

Jon essayait d’enjoindre à la reine de rester assise – c’est alors seulement qu’il vit la manière dont elle tenait son bras, les dents serrées. Armand s’approcha ; comme beaucoup d’officiers, il avait quelques connaissances sommaires en médecine et pourrait sans doute aider la reine.

Avec un peu de chance, elle s’en souviendrait avant qu’on ne les jette tous en prison.

— Votre majesté, dit-il en s’inclinant. Si vous voulez bien me permettre de regarder votre bras…

Elle haussa un sourcil dans sa direction, mais ne parut pas plus surprise que cela de trouver un Français en ce lieu – sans doute en savait-elle plus que ce qui était paru dans les journaux.

— Mon bras va très bien, je vous remercie, lui répondit-elle dans un français impeccable. Il faut que j’aille retrouver mes hommes.

Puis, sans plus attendre, elle se releva avant de se mettre en marche à grands pas en direction du cœur du désastre. Un homme se releva en la voyant passer – l’un de ses soldats, qui lui emboîta aussitôt le pas, l’arme levée. Armand jura entre ses dents, mais les suivit tout de même.

— Votre majesté, reprit-il en levant les mains pour montrer qu’il n’était pas une menace, il vaut mieux rester à l’écart… Il pourrait y avoir une autre explosion.

— Dans ce cas, que faites-vous encore là ? rétorqua-t-elle avec acidité. Aidez plutôt ces pauvres gens à se mettre à l’abri ! Quant à vous et votre mouvement, fit-elle en se retournant vivement vers Jon, qui les avait suivis et aidait une jeune femme à se redresser, je n’ai pas de mots pour vous qualifier. Une telle fourberie… Une telle traîtrise…

Elle repassa en islandais, ou peut-être en danois, Armand n’en avait pas la moindre idée ; mais il vit Jon pâlir.

— Si je puis me permettre, votre majesté, intervint Armand avec toute la diplomatie dont il était capable, des témoins ont vu ce qu’il s’est passé. Vous vous en prenez à la mauvaise personne.

Elle tourna vers lui un regard furieux et l’espace d’un instant il se demanda si elle n’allait pas ordonner à son escorte de l’abattre ; mais elle aperçut alors quelque chose par-dessus son épaule, et se mit à faire des signes en appelant à grands cris. Il écarquilla les yeux, tout comme le soldat ; n’avait-elle donc pas conscience que d’autres assassins pouvaient encore se trouver sur les lieux ?

C’est alors qu’il vit les trois aérostats battant drapeau danois qui amorçaient une phase d’approche au-dessus d’eux, ainsi que les mouvements d’hommes montés dans la plaine. Le piège se refermait. Autour d’eux, des cris résonnèrent et un mouvement de foule commença tandis que ceux qui n’avaient pas été touchés par l’explosion tentaient de s’enfuir. Plusieurs hommes se rapprochèrent d’un air menaçant, même s’ils ne semblaient pas armés. Jon lui-même regardait la reine, les poings serrés, avec l’air d’un homme prêt à sauter dans le vide.

Armand lui saisit vivement le bras, avant de lui chuchoter à l’oreille :

— Je vous en prie, Jon, n’aggravez pas les choses. Le mieux à faire à présent est de coopérer. Vous le savez !

Islendigur se dégagea brusquement ; mais Armand fut soulagé de constater que l’éclat de folie s’était estompé de son regard, le laissant éteint. Il se tourna vers les autres hommes et leur fit signe de s’écarter ; ils obéirent lorsqu’il aboya un ordre. La reine leur lança un regard indigné, puis alla rejoindre les troupes fraîchement arrivées.

Au moins, se dit Armand en la voyant diriger la majeure partie des soldats vers les blessés pour leur porter secours, on ne pouvait pas taxer la reine Christine d’insensibilité envers son peuple, même lorsque celui-ci se rebellait contre elle.

Cela ne suffit pas à le consoler lorsque deux soldats l’emmenèrent à la pointe du fusil, sans même lui laisser le temps de retrouver ses compagnons.

Pour la septième fois – ou peut-être la douzième, elle ne comptait pas vraiment – Joséphine se leva, fit le tour de la petite pièce et se posta à la fenêtre pour regarder les hommes qui montaient la garde deux étages plus bas ; puis elle retourna s’asseoir avec un soupir.

Elles avaient été enfermées dans un petit salon parce que Mathilde avait fait valoir son statut de voyageuse étrangère et avait réussi à leur obtenir ce traitement de faveur, en faisant passer Joséphine pour sa dame de compagnie.

Sa dame de compagnie. Et puis quoi encore ?

Impossible de savoir où se trouvaient Armand, Faraldr, ni Islendigur ; sans doute avec les autres hommes, dans de vraies cellules.

Finalement, Mathilde se leva, les poings serrés.

— Nous n’avons pas le choix, dit-elle d’une voix basse. Je ne vois pas d’autre solution. Il faut faire appel au consul.

Joséphine haussa les sourcils à ces mots.

— Je croyais qu’on voulait éviter de se faire repérer ?

— Oui… mais c’était avant que nous ne soyons mêlés à un attentat.

— Très bien, mais en quoi le consul va nous aider ?

— Il devrait pouvoir nous sortir tous de là – ou du moins nous assurer une bonne défense. Et pour Faraldr…

Elle se mordilla les lèvres, puis expira lentement.

— Je ne sais pas. Mais j’ai peur qu’il ne soit plus en danger que je le pensais en restant ici – si jamais la répression contre le mouvement islandais empire, ils pourraient vouloir se débarrasser de lui…

Le problème, c’était qu’elle n’était sûre de rien – et s’il y avait bien une chose dont Mathilde ne devais pas avoir l’habitude, c’était de ne pas tout savoir.

— Qu’en pensez-vous ? lui demanda-t-elle dans un souffle.

— Je crois que c’est le mieux à faire, soupira Joséphine. Là, ça pourrait difficilement être pire, et peut-être que ça servira au moins à nous réunir. On avisera après.

Pas besoin de penser trop loin. Il fallait déjà que le moteur à vapeur fonctionne avant de pouvoir monter tout un métier à tisser.

Mathilde hocha la tête, puis elle alla taper à la porte. Il ne fallut pas longtemps pour qu’un garde vienne ouvrir, qui écouta avec politesse sa requête avant de refermer la porte. Plus qu’à attendre et espérer.

Joséphine alla de nouveau se poster à la fenêtre et regarda la petite foule en colère qui commençait à s’amasser en bas de l’hôtel de police, scandant des slogans incompréhensibles. Elle espérait que le consul ne serait pas trop occupé ; elle ne mourait pas vraiment d’envie de se trouver sur les lieux si une révolte venait à éclater.

Faraldr regardait fixement le mur de sa cellule, les sourcils froncés. Cela faisait des heures qu’il avait été enfermé ici, et il avait eu beaucoup de temps pour repenser à tout ce qu’il s’était passé à l’Alþingi. Il en était arrivé à la conclusion qu’il avait été utilisé. Les Islandais s’était servi de lui pour attirer la reine – et de là, pour tenter de la tuer.

En face de lui, Jon Islendigur était assis par terre, dos au mur, les yeux fermés. Il n’avait pas bougé depuis qu’ils avaient été poussés là-dedans par les gens d’arme de la reine. Faraldr luttait contre l’envie de se jeter sur lui : il valait mieux qu’il préserve son énergie, au cas où une opportunité de s’enfuir se présenterait.

Au bout d’un long moment, Jon ouvrit les yeux et le fixa de son regard impénétrable.

— Je te dirais bien que je ne suis pour rien dans cette attaque, dit-il, mais te ne me croirais pas. Et tu aurais raison. C’est de ma faute.

À ces mots, le sang de Faraldr ne fit qu’un tour et il se leva d’un bond ; en deux pas, il fut devant Jon, qu’il souleva par le pan de sa veste tachée.

— Alors tu m’as trahi ! Je croyais en ton combat… Et tu m’as utilisé pour faire venir la reine, pour essayer de la tuer !

Sa colère sembla faire réagir Jon, qui se débattit contre sa prise, le regard soudain enflammé.

— Je n’ai jamais voulu tuer la reine ! J’espérais que ta présence l’attirerait, oui. Mais je voulais juste qu’elle voie le peuple assemblé, qu’elle comprenne ce que cela représente pour nous tous !

Aussi soudainement qu’il avait commencé à se débattre, il laissa retomber ses mains sur le poignet de Faraldr.

— J’aurais dû m’en douter. J’aurais dû savoir que Lars tenterait quelque chose…

Faraldr le lâcha lentement. Joséphine et Mathilde aussi avaient accusé Lars, avant qu’ils ne soient séparés.

— Donc, c’était lui, fit Faraldr en frottant lentement son bras droit – il commençait à lui faire mal, enserré dans cette prothèse qui ne lui servait à rien.

— Oui. Lars est… il pense qu’on ne pourra rien obtenir sans violence. Que la seule solution, c’est de montrer que nous sommes prêts à tout. J’ai toujours réussi à tempérer ceux qui voulaient le suivre ; mais j’aurais dû me douter qu’ils ne s’en tiendraient pas là.

Faraldr se rassit par terre avec un soupir. Toute sa colère s’était volatilisée pour laisser la place au découragement. Il commençait à croire qu’il ne comprendrait jamais ce monde. En face de lui, Jon appuya sa tête contre le mur, les yeux fermés, et marmonna une suite de mots que Faraldr ne comprit pas. Puis, soudain, il serra les poings et se redressa.

— Qu’à cela ne tienne, fit-il d’un air déterminé. Le mouvement ne va pas échouer à cause des choix de quelques uns. Je refuse de continuer à protéger Lars. Je vais témoigner contre lui, et me séparer officiellement de ses agissements. Alors, la reine nous écoutera peut-être.

Faraldr ouvrit la bouche pour lui demander d’autres explications ; mais avant qu’il ne puisse dire quoi que ce soit, la porte de leur cellule s’ouvrit.

Deux hommes entrèrent ; Faraldr se releva avec méfiance, attendant de voir ce qu’on allait exiger d’eux. Mais les nouveaux venus n’en avaient qu’après lui et vinrent sans hésiter le saisir par les bras. Il tressaillit en sentant la prise trop dure sur son bras droit, qui tirailla aussitôt le moignon de son coude, mais serra les dents et ne dit rien.

— Où l’emmenez-vous ? demanda Jon d’un ton assuré, comme s’il était leur supérieur et non leur prisonnier.

Pas de réponse. Un troisième homme s’encadra alors brièvement dans la porte. Il lança un bref regard à Faraldr, eut un sourire satisfait, puis tourna les talons avec un geste. Faraldr sentit une main glacée lui serrer les entrailles : il avait eu le temps de le reconnaître.

– Lefèvre, marmonna-t-il pour lui-même tandis que les hommes l’entraînaient dehors.

— Quoi ? lança Jon en se précipitant à sa suite.

Mais il y avait d’autres hommes dans le couloir, tous armés, qui rejetèrent brutalement Jon dans la cellule.

La dernière vision que Faraldr eut avant que la porte ne se referme fut de Jon plié en deux contre un mur. Puis les hommes l’entraînèrent sans ménagement à la suite de Lefèvre, qui arpentait les couloirs comme si ce lieu lui appartenait. Il les suivit sans protester, aux aguets : peut-être réussirait-il à trouver un moyen de s’enfuir.

Mais il n’avait pas beaucoup d’espoir.

Lorsque la porte se rouvrit, Mathilde se leva et lissa sa robe, autant dans un effort pour être présentable que pour tenter d’apaiser ses nerfs. À ses côtés, Joséphine resta affalée dans le fauteuil qu’elle avait investi – mais lorsqu’elle vit qui entrait, elle se leva d’un bond avec un cri étranglé.

L’homme qui se trouvait devant elles était grand, les traits réguliers, vêtu avec une prestance de dandy. Mathilde se demandait pourquoi il provoquait une telle réaction chez Joséphine lorsque deux hommes en uniforme apparurent derrière lui, encadrant Faraldr. Elle se plaqua une main contre la bouche pour étouffer son cri de surprise.

— C’est Lefèvre, lui marmonna Joséphine, juste derrière elle. Presque sûr.

— Bien le bonjour, mesdemoiselles, les salua l’homme avec un sourire narquois, en effleurant son élégant tricorne. Henri Lefèvre, en effet. Enchanté de faire votre connaissance.

Mathilde retint l’envie soudaine de lui jeter ce qui lui tombait sous la main à la figure – l’encrier posé sur la table ferait un excellent projectile – et se concentra sur Faraldr. Il avait l’air en colère, mais ne semblait pas avoir été malmené.

— Qu’est-ce que vous foutez là ? siffla Joséphine d’un ton agressif.

— Retenez votre chien de garde, mademoiselle d’Amoys, dit Lefèvre en s’approchant.

Joséphine se tassa sur elle-même ; Mathilde lui lança un regard d’avertissement. Lefèvre était armé et d’autres hommes attendaient dans le couloir. Elles n’avaient rien à gagner à essayer de l’attaquer. Pas maintenant, en tout cas.

— Répondez donc à sa question, monsieur, fit-elle de sa voix la plus froide.

— Je passais par là, répondit Lefèvre en souriant à Joséphine – mais celle-ci ne bougea pas d’un pouce. J’ai entendu dire que vous aviez des ennuis ; j’ai donc décidé de venir à votre secours.

Mathilde plissa les yeux tandis que Joséphine renâclait, ironique. Il passait par là… si c’était le consul qui lui avait transmis l’information, alors ils étaient perdus.

— Merci, nous attendons déjà du secours, dit-elle en se rasseyant d’un air qu’elle voulait assuré.

— Ah ? répondit Lefèvre en regardant autour de lui. Mais mieux vaut tenir que courir. Allons, levez-vous. Vous n’avez pas envie d’abandonner votre cher compagnon, n’est-ce pas ?

— Êtes-vous pressé ? rétorqua Mathilde. Ces messieurs de l’hôtel de police m’ont promis un peu de café, il devrait arriver d’un moment à l’autre. Je ne voudrais pas insulter leur hospitalité.

Elle réussit à sourire – mais l’expression amusée de Lefèvre laissa soudain la place à l’agacement. En deux pas il fut devant elle et se saisit de son bras :

— Il suffit, à présent. Venez.

Mathilde laissa échapper un cri, de surprise plus que de douleur, quand il l’arracha à sa chaise ; aussitôt, une commotion se déclencha dans toute la pièce, tandis que Joséphine se jetait sur Lefèvre et que Faraldr se débattait contre les deux gardes qui l’entouraient. Mathilde réussit à se défaire de la prise de Lefèvre lorsque celui-ci se retourna d’un grand geste pour se débarrasser de Joséphine, qui était accrochée à son dos et tentait de l’étrangler ; elle se saisit du lourd encrier, mais n’eut pas le temps de s’en servir avant que le corsaire ne fasse tomber Joséphine d’un geste et ne dégaine un pistolet qu’il pointa sur elle.

— Assez ! aboya-t-il, le regard noir.

Près de la porte, Faraldr se figea ; le garde qu’il avait réussi à mettre à terre se releva rapidement et aida l’autre à lui lier les bras dans le dos. Joséphine se releva lentement, essuyant son nez sur sa manche, et cracha dans le feu.

— Maintenant, vous allez nous suivre bien gentiment, dit Lefèvre. Allez. Dehors.

Mathilde serra les dents et hésita à refaire le coup de l’évanouissement – mais elle doutait que Lefèvre se laisse surprendre. De toute manière, deux autres hommes entraient alors dans la pièce, pistolet au poing eux aussi. Elle se contenta donc de hocher la tête avec raideur, puis de se mettre en marche comme on le lui ordonnait. Elle lança un regard à Joséphine, puis un autre à Faraldr, essayant de les enjoindre à obéir, en tout cas pour l’instant.

Le couloir était désert et ils atteignirent rapidement un petit escalier de service. Une fois dehors, Lefèvre se tourna vers l’un des hommes qui restait en arrière. De l’argent changea rapidement de main ; puis ils s’enfoncèrent dans la ruelle, loin de la foule qui s’agitait dans la grande rue.

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