Mathilde se rabattit contre le dossier de sa chaise avec un soupir et Armand l’imita en faisant craquer les jointures de ses doigts. Cela devait bien faire une heure qu’ils essayaient sans grand succès de réfléchir à la suite des événements. Ils devaient se rendre à l’évidence : avec Jon parti pour une mystérieuse course, ils ne pouvaient pas beaucoup avancer.

Il essaya de se rasséréner : ils avaient déjà pris des décisions importantes aujourd’hui, ils ne pouvaient pas s’attendre à ce que tout s’enchaîne ensuite sans délai.

Tout de même, il restait dubitatif quant au rôle que Faraldr allait pouvoir jouer pour Jon. Même si la tante de Mathilde et le professeur Martel arrivaient à ébruiter l’affaire, l’Islande était loin de tout – et les gens y croiraient-ils ?

— Je suis inquiète, Armand, dit soudain Mathilde à voix basse, les yeux fixés sur Faraldr et Joséphine, assis au coin du feu. Et si impliquer Faraldr en politique était une mauvaise idée ?

Armand croisa les bras, pensif.

— Je crois que tu accordes trop d’importance à sa place dans tout cela. Faraldr ne sera jamais rien de plus qu’un porte-parole. Une étincelle. Ce dont Jon a besoin pour faire exploser le pays à la figure des Danois, même si je doute que cela fonctionne aussi bien qu’il l’espère…

— Toutes ces explosions, c’est bien ce qui m’inquiète, marmonna Mathilde.

— En tout cas, tu peux être sûre que les autorités se préoccuperont avant tout de Jon et des autres membres importants de son mouvement, pas de Faraldr.

— Si tu le dis, fit-elle d’un air dubitatif, avant de soupirer puis de se lever. Bon, nous ne pouvons rien faire de plus en attendant que Jon revienne. Je vais demander à Gudrun si je peux profiter des bains de la maison.

Armand hocha la tête et la regarda partir, plongé dans ses pensées.

Oui, une explosion. Un pays misérable, au peuple uni autour d’une culture forte, suffisamment éduqué pour avoir une bourgeoisie marchande et des artisans du calibre de Gunnar Borsson… Il ne pouvait s’empêcher de faire des parallèles avec la Révolution de 1789, et plus près d’eux, avec celle de 1848 – une révolution menée par des chefs idéalistes, faisant appel à certains idéaux romantiques… L’utilisation que Jon Islendigur se proposait de faire de Faraldr était excellente ; une sorte d’ancêtre réapparu soudainement pour faire l’apologie de la liberté, il y avait de quoi soulever ce peuple si attaché à ses vieilles sagas.

Il y avait aussi de quoi faire beaucoup de grabuge du côté des autres pays scandinaves, et du Danemark en premier lieu. Après tout, d’après ce qu’il avait compris, les parents de Faraldr venaient du Danemark, si bien que, selon les principes naissants des nationalités, Faraldr pouvait aussi bien être considéré comme Danois que comme Islandais.

Il fronça les sourcils. Mathilde n’avait peut-être pas tort de s’inquiéter : une révolution n’était jamais sans danger, une fois l’étincelle allumée. Les explosions faisaient souvent autant de dégâts chez ceux qui les déclenchaient que chez ceux qui étaient visés.

Il en était là de ses réflexions lorsque Jon entra soudain, les cheveux trempés par la pluie.

— Nous allons passer la nuit ailleurs, lui annonça-t-il. Tout est arrangé.

— Nous vous suivons, répondit Armand en haussant les épaules – ils n’avaient pas vraiment le choix, de toute manière. Merci.

— C’est tout naturel. Je ne laisse pas mes amis dans le besoin lorsque je peux les aider.

— J’aurais pensé qu’un nationaliste recherché par son gouvernement aurait été plus prudent quant aux personnes à qui il donne le titre d’ami, releva Armand d’un ton léger.

À ces mots, Jon éclata d’un rire sincère.

— Vous seriez surpris. On ne peut pas mener une révolution seul, Armand. Et on ne peut pas non plus le faire avec de simples connaissances.

Armand resta silencieux un moment, réfléchissant à ces mots, jusqu’à que Jon reprenne la parole :

— À ce propos… Votre cousine, mademoiselle d’Amoys… Elle ne m’apprécie pas beaucoup, n’est-ce pas ?

Armand haussa un sourcil devant cette franchise pour le moins inattendue.

— Je ne dirais pas cela… Elle vous est reconnaissante pour votre intervention d’hier. Mais vous devez avouer que vous soufflez le froid et le chaud depuis que nous vous connaissons.

Jon hocha la tête.

— Vous avez raison, et je le regrette…

Il s’interrompit en voyant Mathilde revenir dans la salle, et avec un rapide « excusez-moi », se leva pour aller la rejoindre. Armand, médusé, le vit s’incliner devant sa cousine ; il ne comprit pas ce qu’ils disaient, mais tous deux sortirent ensuite.

Lui qui pensait avoir une relation spéciale avec Jon. Pour un peu, il en aurait été vexé.

Lorsque Jon Islendigur lui demanda si elle pouvait lui accorder un moment, Mathilde dut ravaler sa méfiance instinctive ; si elle voulait le garder de leur côté, elle ne pouvait pas le traiter comme un chien enragé. Et puis, il leur avait tout de même rendu un fier service la veille.

— Avec plaisir, monsieur, dit-elle donc.

La pluie avait cessé et le ciel se dégageait lentement. Elle le suivit en silence dans les prairies qui surplombaient la ferme, jusqu’à un rocher plat mangé par la mousse, où il s’assit. Elle resta debout et s’accorda un moment pour apprécier le paysage.

— C’est étrange, se surprit-elle à dire à voix haute. Cela fait si longtemps que je voulais découvrir ce pays – et maintenant que j’y suis, j’ai l’impression de ne pas pouvoir l’apprécier réellement.

— Parce qu’il est plus misérable que vous le pensiez ? demanda Islendigur, avec une amertume qui la surprit.

— Bien sûr que non, rétorqua-t-elle en croisant les bras. C’est simplement que je suis trop inquiète pour Faraldr, ce n’est pas vraiment favorable au tourisme…

Pourtant c’était magnifique. L’herbe ondulant sur la lande, reflet de la progression des nuages dans le ciel si bleu…

— J’ai bien peur de ne plus pouvoir autant apprécier ce spectacle, fit Islendigur.

Lorsqu’elle se tourna vers lui, elle fut surprise de voir son air sombre, et s’approcha lentement, hésitante.

— Pourquoi ? finit-elle par oser demander.

— Ces terres resteront toujours celles de mon père, au fond de mon cœur.

Il prit une profonde inspiration, puis, les yeux perdus à l’horizon, reprit :

— Il y a une quinzaine d’années, mon père a été arrêté et condamné à la prison. Nous avons fait tout ce que nous pouvions pour lui fournir des vêtements et à manger, mais il faut de l’argent pour payer les gardes. Il a fini par tomber malade et il est mort, sans revoir sa maison. Au moins, nous avons pu l’enterrer aux côtés de ma mère – mais nous avons aussi dû payer pour cela.

— Je suis désolée, dit Mathilde à voix basse.

Jon secoua la tête, mais sa bouche avait un pli amer.

— C’est une vieille blessure.

— Pourquoi avait-il été condamné ?

— Il était pasteur. Malgré notre pauvreté, nous avons toujours mis un point d’honneur à éduquer nos enfants. Tous les Islandais savent au moins lire et écrire, vous le savez peut-être ?

Mathilde hocha la tête.

— Cela devient de plus en plus difficile chaque année, car les écoles ne reçoivent pas de fonds. Mais nous continuerons à éduquer nos enfants, quoi qu’il nous en coûte, reprit Jon, l’air déterminé.

— Et votre père ?

— Il a été accusé d’avoir répandu de la propagande contre la couronne danoise auprès des enfants de sa paroisse. Il n’avait fait que leur faire étudier l’Edda, de Snorri Sturluson.

Mathilde ferma les yeux un bref instant, atterrée. L’Edda était un texte de poésie et de mythologie du Moyen-Âge ; un texte fondateur, loin d’être de la propagande.

— Le pire était peut-être qu’en un sens, ils avaient raison. Nos sagas, transmises de génération en génération, sont l’identité de l’Islande. Elles nous encouragent dans notre combat, en nous rappelant qu’il fut un temps où nous ne connaissions pas de maître. Il n’est pas à l’avantage du Danemark de nous autoriser ce genre de lecture.

Mathilde resta un moment silencieuse, ne sachant pas quoi dire.

— Je suis désolée pour tout ce que vous avez dû endurer, finit-elle par murmurer, même si cela semblait inadéquat.

Ce fut au tour de Jon de paraître surpris ; mais il secoua ensuite la tête.

— C’est ainsi. Je ne peux que faire de mon mieux pour que d’autres n’aient pas à passer par les mêmes épreuves. Je voulais… je voulais que vous le sachiez, j’imagine. Vous m’avez fait confiance en me racontant l’histoire de Faraldr. Vous pouvez partager la mienne avec vos compagnons.

— Je vous remercie.

Ils restèrent un moment silencieux, puis Mathilde se tourna à nouveau vers lui.

— Vous ne nous avez pas encore dit ce que vous comptez faire, au juste. Chez Christine Göring, vous aviez mentionné l’Alþingi… Vous avez un plan, je suppose?

— Oui, fit-il avec un sourire, de longue date. Pour être honnête, nous y aurions eu recours quoi qu’il arrive ; mais la présence de Faraldr est un don du ciel.

Mathilde le regarda avec circonspection.

— Nous allons rassembler le peuple et convoquer l’Alþingi, déclara-t-il, le regard étincelant. Ou plutôt, Faraldr va convoquer l’Alþingi, et nous y proclamerons notre indépendance.

Mathilde se sentit prise de tournis. Armand avait raison : il allait y avoir des étincelles. Et elle devait admettre qu’elle avait très envie d’assister au spectacle.

— C’est leur assemblée constituante et leur cour de justice. L’Alþingi n’a pas été convoqué depuis des années – et même avant cela, il n’avait presque plus aucun pouvoir. Autrefois, un homme était chargé régulièrement de réciter leurs lois, afin que personne ne les oublie, et…

Joséphine baissa la tête pour contempler son cheval, qui lui rendit du coin de l’œil un regard particulièrement placide. Peut-être s’ennuyait-il autant qu’elle. Est-ce que c’était possible de s’ennuyer à mourir ? Pour un cheval, pas sûr ; mais Joséphine sentait son énergie vitale décliner à chaque nouvelle phrase de Mathilde.

Elle était en train de leur expliquer, avec tant d’enthousiasme qu’elle en avait oublié sa peur des chevaux, absolument tout ce qu’elle savait sur ce que les Islandais appelaient l’Alþingi – et le moins qu’on pouvait dire, c’est qu’elle en savait vraiment, vraiment beaucoup.

Le cheval repéra un bout de bruyère qui lui plaisait et se mit à tirer sur les rênes ; Joséphine redressa sa course sans enthousiasme. Ils étaient au milieu de nulle part, en route vers un endroit sur lequel Jon était resté particulièrement mystérieux.

— … et bien sûr, maintenant, il y a la course de langskip volants…

Joséphine redressa soudain la tête, puis talonna son cheval réticent : la conversation prenait enfin un tour intéressant. Elle remarqua que Faraldr aussi s’était rapproché, l’œil vif.

— Une course ? C’est quoi, un langskip ? Un genre de vaisseau ?

Armand leva les yeux au ciel en marmonnant quelque chose qui ressemblait fort à « ne l’encouragez pas » dans sa barbe, mais Mathilde se tourna vers Joséphine.

— En France, on les appelle parfois des drakkars, même si c’est une erreur de langue… ce sont les bateaux traditionnels utilisés par les Scandinaves au Moyen-Âge ; mais ils ont été remaniés avec toute la technologie moderne.

Elle ajouta quelques mots en islandais à destination de Faraldr, qui eut l’air étonné, avant de répondre avec enthousiasme – bien sûr, il devait connaître ces langskip.

— Cette course est une tradition assez récente de l’union scandinave, poursuivit Mathilde, s’éloignant de la partie intéressante, comme toujours. Elle a lieu chaque année, au solstice d’été ; cette année, ce sera en Islande. Le solstice d’été est une date très importante dans tous ces pays, c’est…

— Le 21 juin, oui, oui, l’interrompit Joséphine. Des drakkars volants ? Ils vont vite ? C’est quoi, comme système de propulsion ?

— Vous allez le voir par vous-même, intervint alors Jon. Jusqu’à présent, l’Islande n’a jamais pu être représentée durant cette course ; mais cette année, nous aurons un langskip. Nous allons à l’atelier où des ingénieurs sont en train de le préparer. Je me suis dit que vous apprécieriez de le voir.

Il avait un air amusé en disant cela, et Joséphine se demanda s’il était seulement capable de ne pas être mystérieux. Sans doute pas. Avant qu’elle ne puisse lui tirer les vers du nez, ils furent rejoints par Lars, toujours aussi radieux, qui se mit à parler à Jon sans leur prêter la moindre attention. Avec un soupir, elle essaya d’imaginer à quoi pouvait ressembler un vaisseau viking, tout en priant avec ferveur pour qu’ils la laissent y toucher un peu. Elle avait perdu l’Ariane, puis on lui avait enlevé la belle voiture de madame Göring, et maintenant ils en étaient réduits à monter à cheval. Elle méritait bien de voir un peu de belle mécanique, non ?

Elle ne fut pas déçue.

L’atelier, de l’extérieur, ressemblait à un hangar abandonné perdu au milieu de nulle part – mais à l’intérieur, il renfermait non pas une, mais deux surprises, qui expliquaient l’air malicieux de Jon.

Elle vit d’abord le langskip : un vaisseau oblong, décoré sur les côtés de nombreux boucliers ronds dissimulant sans doute des transformateurs. Il y avait aussi un mât, encore dénudé. Le vaisseau devait faire dans les dix mètres de long, et devait être très maniable. La proue et la poupe étaient décorées de deux dragons identiques, en métal forgé – Joséphine s’approcha pour examiner celui de la proue. Il y avait une machinerie là-dedans, elle en était sûre…

Un voix retentit en islandais, et quelqu’un la fit reculer de force ; elle allait se retourner pour expliquer sa façon de penser à celui qui osait l’attraper comme ça, lorsqu’une étincelle se fit, qui se transforma en un torrent de flammes, vomies par la gueule du dragon. Joséphine sentit leur chaleur sur son visage et se recula d’un pas supplémentaire.

— Ça a de la gueule, fit-elle remarquer sans plus d’animosité à celui qui se trouvait derrière elle – c’était Faraldr, qui la regarda sans comprendre.

— Rien, laisse tomber, fit-elle en prenant note – il faudrait qu’elle lui apprenne un peu de vocabulaire à sa façon, elle aussi.

Si elle laissait faire Armand et Mathilde, ils allaient complètement domestiquer ce pauvre Viking.

Mais cette pensée n’alla pas plus loin ; car ce fut alors qu’elle distingua une forme, recouverte d’une bâche, à laquelle elle n’avait pas prêté attention.

— Mais c’est… c’est l’Ariane ! s’exclama-t-elle en s’avançant à grands pas.

Lorsqu’elle souleva une partie de la bâche, ce qu’elle vit lui arracha un cri. Ils avaient désossé son bébé. Les trappes d’entretien de la coque étaient béantes ; ils s’étaient servis dans les circuits, et ils avaient dû piller la salle des machines. Bien sûr, réalisa-t-elle : depuis le début, Jon voulait l’Ariane pour construire son drakkar. Elle se tourna pour lancer un regard noir à l’autre vaisseau, et s’aperçut que les autres l’avaient rejoint.

— Croyez-moi, dit Jon en levant les yeux vers la pauvre Ariane, si j’avais pu trouver un autre moyen, je l’aurais fait. Vous pourrez bien sûr récupérer tout le matériel lorsque la course sera finie. Nous laisserons l’atelier, ainsi que nos mécaniciens, à votre disposition.

Armand avait l’air dubitatif ; Joséphine réalisa que, bien sûr, les choses ne se passeraient sans doute pas aussi bien que l’espérait l’Islandais. Il y avait plus de chances qu’il se fasse emprisonner et que son drakkar soit saisi à la sortie de la course – auquel cas il faudrait racheter tout le matériel manquant.

S’ils n’étaient pas eux-même en prison, bien sûr.

Elle poussa un soupir et Faraldr lui tapota le bras comme pour la consoler. Elle dirait sa façon de penser aux Islandais plus tard ; pour l’instant, elle voulait étudier le drakkar de plus près et voir ce qu’ils avaient fait des pièces de l’Ariane.

L’intérieur était sommaire – deux bancs et des machines brutes, à l’avant et à l’arrière. Elle se mit en devoir de fureter un peu partout sans prêter attention au mécanicien qui se trouvait déjà à bord, laissant sa curiosité reprendre le dessus. Deux grandes batteries se trouvaient à l’avant, ainsi que des transformateurs galvaniques reliés aux boucliers et au mât pour convertir l’énergie solaire et éolienne. Elle examina les boucliers de plus près – certains étaient recouverts d’une toile qui lui rappelait quelque chose… Oui, bien sûr : ils avaient dû tailler dans la voile de l’Ariane, c’était les mêmes tuiles photoniques miniatures, les plus efficaces – et les plus chères – du marché.

À l’arrière se trouvait un moteur à vapeur auxiliaire pour permettre des accélérations – elle émit un ricanement en voyant que la cheminée de sortie du four remontait dans le gosier du dragon de poupe. En fonctionnement, il permettrait d’aveugler ceux qui se trouvaient derrière lui. Entre ça et le système qui crachait du feu à l’avant, les indépendantistes avaient mis le paquet sur les effets de style.

Par contre, réalisa-t-elle rapidement, il y avait un sérieux problème au niveau du refroidissement, et elle n’aurait pas arrangé les circuits ainsi… Elle s’accroupit pour mieux les examiner, et tomba sur la dynamo de liaison entre les capteurs d’énergie et les transformateurs. Ça n’allait pas non plus ; elle ne pourrait jamais soutenir toute la tension, tout risquait de sauter bien avant.

— Votre vaisseau, là… Vous l’avez pas encore essayé, pas vrai ? finit-elle par demander au mécanicien islandais.

Bien sûr, il ne la comprit pas. Elle dut se pencher par-dessus bord pour poser la question à Jon, qui fronça les sourcils et traduisit.

— Haldur m’apprend que non, pas depuis qu’ils ont fait les ajouts des… nouvelles pièces. Qu’est-ce qui vous fait dire ça ?

— Pas compliqué, fit Joséphine en se relevant. Il exploserait en vol au bout d’à peine cinq minutes. La liaison des transfos est pas au point, il y a un sérieux déséquilibre, et avec le…

Elle s’interrompit, regarda les seuls interlocuteurs parlant français dans cet atelier, qui étaient aussi les seuls n’ayant quasiment aucune notion d’ingénierie aérienne – à part peut-être Mathilde. Avec un soupir, elle se laissa retomber contre le plat-bord.

— Qu’est-ce qu’on fiche dans ce pays, déjà ?

Mathilde prit aussitôt un air vaguement outré, mais elle ne s’y attarda pas.

— Vous savez quoi ? fit-elle en se tournant résolument vers Islendigur. Je vous propose un marché. Je vous aide pour votre drakkar, et en échange…

Elle prit un instant pour réfléchir, puis eut une soudaine illumination.

— En échange, vous retrouvez ce Gunnar Borsson, là, et vous lui faites finir le bras de Faraldr.

Islendigur prit un air pensif.

— Marché conclu ? poussa Joséphine en se penchant pour tendre la main vers lui – mieux valait ne pas le laisser réfléchir trop longuement.

Il soupira, puis sourit – c’était une constante, chez lui, les sourires mystérieux. Il devait faire fureur auprès des dames.

Enfin, quand il n’était pas occupé à faire exploser des usines et à voler des vaisseaux.

— Marché conclu, fit-il enfin en s’étirant de toute sa hauteur pour lui serrer la main. Merci.

Joséphine haussa les épaules. En vérité, elle aurait fait des pieds et des mains pour qu’ils la laissent travailler sur ce drakkar, non seulement parce que c’était intéressant, mais aussi pour s’assurer qu’ils n’abîment pas les pièces de l’Ariane. Mais elle avait appris dans les jupes de sa grand-mère à ne jamais laisser échapper une opportunité d’échange qui se présentait.

Et puis, les prothèses galvaniques, c’était intéressant aussi. Sans compter que si Mathilde continuait à se jeter tête baissée dans les embrouilles, ce serait plutôt une bonne idée d’avoir un Viking mécanisé à leurs côtés.

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