Lorsque Jon Islendigur revint, l’après-midi touchait à sa fin, même si la luminosité n’avait pas changé outre mesure.

– Nous pouvons partir, dit leur hôte avec un geste courtois. Suivez-moi.

Il les mena dehors par une porte arrière. Là, dans une large cour, un attelage attendait. Les hommes qui les avaient accueillis s’y trouvaient également, auprès de montures sellées. Islendigur indiqua la charrette.

– Ceux qui le préfèrent peuvent monter ; sinon, nous avons des chevaux supplémentaires. Une fois sur le glacier, nous démonterons une partie de l’attelage pour remorquer votre vaisseau.

Mathilde monta avec soulagement dans la charrette ; elle n’aimait pas beaucoup les chevaux. Armand et Joséphine eurent une brève discussion, puis Armand entraîna Faraldr pour monter à cheval, tandis que Joséphine la rejoignait. Elle eut l’impression qu’ils venaient de débattre de qui aurait la corvée de rester avec elle, ce qui était vexant ; mais Joséphine comme Armand avaient l’air tendus, et elle décida qu’ils voulaient sans doute se montrer prudents – elle ne pouvait pas leur en vouloir, vu la situation. Un Islandais se posta sur le siège du conducteur, et le cortège se mit en branle, par une autre route que celle qu’ils avaient empruntée – sans doute pour trouver un accès plus aisé au sommet du glacier.

À la sortie de la ville, la route s’élargit, et Islendigur vint se placer à sa hauteur.

– Est-ce que tout va bien, mademoiselle Blanc ? lui demanda-t-il.

Elle lui avait donné le nom de jeune fille d’une de ses grands-mères. Islendigur parlait français avec une aisance incroyable ; seul son accent trahissait qu’il ne s’agissait pas de sa langue maternelle.

– Depuis combien de temps parlez-vous français ? lui demanda-t-elle tout en regardant Faraldr, qui maîtrisait sans peine sa monture.

Depuis leur fuite, il semblait vraiment renaître, et elle avait remarqué qu’il s’adaptait très rapidement à la perte de son bras. Elle le surprenait encore parfois à s’assombrir après avoir esquissé un geste de son moignon, mais cela se faisait plus rare, et s’il s’était un peu débattu avec les rênes lorsqu’il était monté, il semblait à présent confiant.

– J’ai appris à l’âge de dix-huit ans, lui répondit Jon Islendigur, la faisant presque sursauter ; elle avait oublié lui avoir posé une question. Je suis allé faire mes études à Paris.

– Vraiment ? Pas à Copenhague ?

– Copenhague ne me seyait pas, répondit-il, les yeux fixés droit devant, où l’on distinguait déjà le glacier – même si la lumière faussait les distances ; ils étaient encore loin.

La réponse étonna Mathilde ; tous les érudits islandais avec qui elle avait pu entrer en contact avaient fait au moins le début de leurs études à Copenhague. Cependant, Jon Islendigur ne semblait pas particulièrement disposé à lui expliquer plus avant ses raisons, et elle décida prudemment de ne pas insister. Sa mère estimait peut-être qu’elle n’avait pas beaucoup de conversation, mais même elle était capable de comprendre quand un sujet était clos.

– Et quelles études avez-vous faites à Paris ? poursuivit-elle donc plutôt.

– Principalement du droit. Vous parlez très bien notre langue, reprit-il en passant à l’islandais.

– Je suis ravie de l’apprendre, lui répondit-elle en islandais également. Je n’ai pas souvent l’occasion de converser de vive voix dans cette langue. Oh, fit-elle se souvenant soudain d’une rencontre faite à Paris quelques années plus tôt, peut-être connaissez-vous le professeur Olafur Einarsson ?

Elle était tournée vers lui à ce moment-là, et elle s’en félicita ; car cela lui permit de voir qu’il changeait d’expression à ce nom. Pourtant, il sembla se maîtriser aussitôt, et lui répondit calmement :

– Je ne crois pas.

Mathilde se retint de froncer les sourcils, et se contenta de se forcer à sourire.

– Dommage. J’ai discuté avec lui une ou deux fois. Un homme très aimable.

Jon Islendigur semblait sur le point de dire quelque chose, lorsqu’une dispute éclata soudain devant eux. À côté d’elle, Joséphine se redressa, les mâchoires serrées.

– C’est Faraldr, siffla-t-elle. Qu’est-ce qui se passe…

Un des hommes d’Islendigur, celui qui les avaient accueillis d’un air tellement sinistre, s’était mis en travers du chemin de Faraldr ; les deux se disputaient à présent, tandis que leurs chevaux secouaient la tête et piétinaient nerveusement. D’après ce que Mathilde comprenait, l’homme était en train de traiter Faraldr de noms d’oiseaux passablement grossiers – certains lui échappaient même complètement. Sa maîtrise de l’islandais ne recouvrait de toute évidence pas tous les registres de langue.

Jon Islendigur talonna son cheval et s’interposa avec un ordre aboyé d’une voix sèche ; mais au même moment, Faraldr, apparemment à bout de patience, répliquait avec colère :

– Que la mer t’emporte et tous tes biens avec !

L’idée derrière la phrase n’avait rien de choquant : Mathilde était sûre que nombre de jurons islandais modernes incluaient la mer de manière similaire. Non, le problème résidait dans l’accent et surtout le vocabulaire que Faraldr avait employé, qui étaient indéniablement archaïques. Elle serra les dents en observant la réaction d’Islendigur et de ses hommes.

Quelques uns eurent l’air interloqués ; Islendigur, lui, resta de marbre – presque un peu trop, comme s’il faisait tout son possible pour ne pas laisser transparaître ce qu’il pensait.

– Faraldr ! appela Mathilde en se redressant à demi sur son siège.

Aussitôt, celui-ci releva la tête vers elle d’un air coupable ; puis, sans ajouter un mot, il revint se placer à sa hauteur. Jon Islendigur et l’autre homme eurent une discussion animée, puis ce dernier partit au petit trot vers l’avant, non sans leur lancer un dernier regard noir.

– Veuillez accepter toutes mes excuses pour le comportement de Lars, dit Islendigur en revenant vers eux. Il peut se montrer susceptible.

Faraldr fronça les sourcils, et Mathilde se mordit les lèvres ; Islendigur avait parlé en français, ce que le Normand n’avait pas dû comprendre. Elle était presque sûre qu’il l’avait fait exprès. Savait-il quelque chose ? Non, impossible. Elle hocha la tête avec raideur.

– Merci pour votre intervention. Si cela vous convient, j’aimerais discuter avec mes compagnons.

– Je vous en prie, dit Jon Islendigur en inclinant la tête, avant de repartir vers l’avant du convoi.

– Mathilde, qu’est-ce qui s’est passé ? souffla Joséphine, qui n’avait rien dû comprendre.

Elle se rassit lentement et expliqua rapidement la situation à Joséphine, avant de rassurer Faraldr qui lui murmurait des excuses. Ce n’était sans doute pas si grave.

Sans doute.

Faraldr inspira une grande goulée d’air frais pour se vider l’esprit de la querelle. La chaleur du cheval, dont l’encolure frémissait sous ses doigts, était une sensation familière, tout comme le ressac qui résonnait à ses oreilles. Ce n’était pas que ce bruit lui avait manqué ; il avait régulièrement eu l’occasion de l’entendre, depuis son bannissement. Mais c’était différent, à présent qu’il se trouvait à nouveau sur la terre de son enfance.

Il se souvenait encore de la dernière veillée avant son départ. Sa mère Helga, les yeux rougis par le chagrin, l’avait pris dans ses bras, au coin du feu ; elle lui avait offert une nouvelle épée, lui avait une dernière fois servi à boire et à manger, avait affûté son couteau. Elle était restée digne.

Il s’était fait la promesse qu’il prouverait sa valeur, et qu’il remplacerait un jour ses larmes par une expression de fierté. Et voilà qu’il était enfin revenu ; mais jamais plus il ne reverrait sa mère. La morsure du destin pouvait être plus cruelle que celle du froid ou de l’acier.

Du coin de l’œil, il vit Mathilde se tourner pour le regarder. Elle semblait sur le point de dire quelque chose, mais parut se raviser ; il se demanda quelle expression apparaissait sur son visage. Il se redressa, hésita à trouver une plaisanterie, une bravade ; mais il avait comme une lame dans la gorge, et il renonça à trouver les mots qui se dérobaient à lui.

Il talonna un peu sa monture pour prendre de l’avance. Il allait se montrer plus prudent, à présent ; mais tous ces secrets qu’il fallait garder étaient comme un poids qu’il traînait. Il avait à peine osé parler de la journée, et seulement lorsqu’ils étaient seuls ; il avait l’impression que le moindre de ses actes pourrait déclencher une catastrophe, tant ses compagnons étaient tendus. Il aurait largement préféré qu’un conflit direct éclate plutôt que de devoir attendre et dissimuler ainsi.

Malgré cela, il n’était même pas responsable de la dispute avec l’homme de Jon. C’était ce Lars qui n’avait pas fait attention à la direction que prenait son cheval. Cela ne l’étonnait guère : il avait déjà rencontré des hommes comme Lars, qui étaient nés de mauvaise humeur et passaient leur vie à l’affût de la moindre occasion pour déclencher une bagarre.

Leur convoi bifurqua ; comme il s’y était attendu, ils connaissaient un chemin praticable pour les chevaux et la charrette. Ils atteignirent le glacier à un endroit où la glace formait une pente douce, et commencèrent l’ascension. Les chevaux avaient le pied sûr et le dos solide ; pas un ne donnait encore signe de fatigue. Faraldr se concentra sur le sien, lui flattant de temps en temps l’encolure pour se réchauffer la main, et essaya de ne pas se perdre dans ses souvenirs.

Enfin, la silhouette élancée de l’Ariane se dressa devant eux. Faraldr se rapprocha de la charrette pour se tenir prêt à aider Mathilde, qui avait l’air épuisée, à en descendre. Jon était à côté d’elle ; il lui dit quelque chose en français que Faraldr ne comprit pas. En revanche, il vit ses yeux s’écarquiller et le peu de couleurs qui lui restaient déserter son visage ; il ne lui en fallut pas plus pour comprendre que quelque chose n’allait. Il talonna son cheval et porta la main au couteau qu’il avait à la ceinture, prêt à attaquer Jon – mais celui-ci dégaina aussitôt une de ces armes à feu, qu’il pointa presque nonchalamment dans sa direction.

Ils avaient été trahis.

Armand avait pris la tête du convoi pour les guider jusqu’à l’Ariane. Il venait d’avoir une conversation des plus intéressantes avec Islendigur sur l’exploitation qui pourrait être faite des glaciers, avant que celui-ci ne reparte parler à certains de ses hommes. Il était resté vigilant durant tout le trajet, mais il relâcha momentanément son attention en voyant enfin l’Ariane se profiler devant eux.

Bien sûr, c’est là que tout vira au vinaigre ; et sa seule indication en fut le canon glacial d’une arme contre sa nuque.

Saisir son propre pistolet aurait été du suicide ; il garda les mains bien en évidence sur les rênes de sa monture et se contenta de tourner lentement la tête. C’était Lars qui le tenait en joue, avec un sourire mauvais. Malheureusement, un deuxième homme se trouvait derrière lui, également armé. Armand dut se résoudre à ne rien tenter pour l’instant.

Lars lança quelque chose en islandais, puis lui fit signe de faire demi-tour en direction de la charrette. Mathilde s’y trouvait toujours, blanche comme un linge ; Faraldr, à cheval à côté d’elle, était tenu en joue par Islendigur en personne. Armand serra les dents à cette vue : ils s’étaient fait rouler comme des enfants.

Soudain, un cri de rage retentit, et Joséphine bondit sur le conducteur de la charrette, à qui elle asséna un coup de tête si violent qu’il chuta lourdement au sol. Ensuite, elle dégaina son pistolet, qu’elle braqua sur Islendigur. Impossible pour Armand de profiter de la cohue : les deux hommes qui l’entouraient tenaient fermement les rênes de sa monture.

Puis il en aperçut trois autres qui approchaient en courant de la charrette, tous armés, et il sentit une sueur glacée lui inonder le dos.

– Joséphine ! aboya-t-il de son ton le plus autoritaire. Ça suffit ! C’est un ordre !

Bien sûr, elle ne lui prêta pas la moindre attention, et il n’eut droit qu’à un coup de crosse pour sa peine, qui lui lança une vive douleur dans la nuque et lui noircit la vision pendant quelques instants. Il sentit que son cheval avançait, sans doute tiré par l’un des hommes.

– Mademoiselle, résonna la voix toujours calme de Jon, retenez-la, s’il vous plaît. Je ne veux blesser aucun de vous, mais la vie de mes hommes passera avant la sienne.

Il battit des paupières et réussit à éclaircir un peu sa vision, à temps pour voir Mathilde, les lèvres serrées, se dresser à son tour. Joséphine avait disparu, mais il perçut du mouvement au pied de la charrette – elle se débattait dans un silence de mauvais augure contre un des Islandais.

– Mathilde, non !

Elle ne l’écouta pas. Il sentit un mouvement derrière lui, mais cette fois il était prêt : il se retourna tout en se baissant dans sa selle, et saisit au vol la main de Lars, la braquant vers le ciel. Ils luttèrent un instant pour le contrôle de l’arme ; et soudain, un coup partit, résonnant dans l’immensité désertique du glacier. Armand réussit à lui arracher son pistolet, qu’il braqua à son tour en direction d’Islendigur.

Le regard de celui-ci, qui aurait pu être admiratif, passa lentement entre Joséphine et lui, mais il ne lâcha pas pour autant son revolver.

– Je vous en prie, monsieur. Soyez raisonnable.

– Baissez votre arme, siffla Armand.

Il entendit un cliquetis au niveau de sa cuisse, puis sentit quelque chose contre ses reins. Les trois autres hommes étaient réunis à côté de la charrette, pistolets et fusils braqués sur Joséphine et Mathilde.

– Mes hommes ne s’arrêteront pas même si vous me tuez, fit Islendigur d’une voix toujours très calme. Nous ne voulons pas vous faire de mal ; mais nous n’hésiterons pas si vous nous y obligez. Soyez raisonnables.

Derrière Islendigur, Faraldr semblait prêt à bondir, son couteau à la main. Armand lança un rapide regard autour de lui. Islendigur avait cinq hommes, alors qu’eux n’étaient que trois capables de se battre – et aucun d’eux en très bonne forme.

Le calcul était vite fait. Armand serra les dents, mais il baissa lentement son arme.

– Je vous remercie, eut le culot de dire Islendigur en inclinant la tête.

Lars lui reprit l’arme avant de le pousser si brutalement à bas de cheval qu’il manqua tomber. On lui lia les mains dans le dos avant de l’emmener à l’écart du convoi, où il fut rapidement rejoint par Faraldr, Mathilde et Joséphine. Cette dernière se débattait encore comme une diablesse, malgré Mathilde qui essayait de la calmer.

– Joséphine, s’il vous plaît, nous ne pouvons rien faire…

– Rien à foutre ! Ils prendront pas mon vaisseau !

À ces mots, Armand comprit soudain pourquoi elle avait réagi d’une manière aussi violente. Il s’était attendu à ce qu’Islendigur et ses hommes essaient simplement de les dépouiller ; s’ils leur prenaient l’Ariane… Il eut un mouvement instinctif, mais c’était trop tard. L’homme qui tenait Joséphine la poussa brutalement au sol, avant de lui plaquer un genou dans le dos pour lui ligoter solidement les bras. Ils subirent tous le même sort. Faraldr résista également, suffisamment pour se retrouver avec le canon d’un pistolet plaqué contre la tempe ; alors, Mathilde lui dit quelque chose d’une voix implorante, et il se laissa plier et ficeler le bras dans le dos.

On les fit asseoir sur une épaisse bâche en toile cirée, attention qui eut le don d’énerver plus encore Armand ; puis Islendigur les rejoignit tandis que ses hommes se mettaient en devoir de désosser la charrette pour ne laisser que la structure qui allait leur permettre de remorquer l’Ariane.

– Vous avez beau vous donner des airs magnanimes, vous n’en êtes pas moins de simples bandits de grand chemin ! persifla Mathilde dès qu’il fut arrivé à leur hauteur.

Il descendit de cheval et s’accroupit sans un mot à leur niveau, avant de rajuster son foulard pour lui protéger davantage le cou. Elle se raidit, mais le laissa faire ; lorsqu’il voulut faire de même avec Joséphine, en revanche, il faillit perdre un doigt.

– Me touchez pas, gronda-t-elle, avant de lancer un crachat qui alla s’écraser sur sa poitrine.

Il se releva et s’écarta en secouant la tête ; puis il sortit un mouchoir pour essuyer son manteau.

– Croyez-moi, cette situation me déplaît autant qu’à vous, fit-il d’un ton grave.

– Vous ne parviendrez jamais à revendre ce vaisseau, lui dit Armand. Et vous ne trouverez pas grand-chose à bord.

Islendigur s’arrêta devant lui, mais prit le temps de lancer un nouvel ordre avant de lui faire face.

– Notre prix ne vous convenait-il pas ? poursuivit Armand. Madame Göring pourra sans nul doute vous payer davantage…

Jon secoua la tête ; son expression fermée était impossible à déchiffrer.

– Comment connaissez-vous Christine Göring ? demanda-t-il soudain.

– C’est une vieille amie, répondit Mathilde.

Jon pinça les lèvres. Armand se demanda si ce n’était pas du regret qu’il lisait sur son visage, mais si c’était le cas, ce n’était pas suffisant pour le faire changer d’avis.

– Votre prix était généreux, dit-il. Mais ce n’est pas l’argent qui nous intéresse. J’aurais une question pour vous, en revanche… Qui est cet homme ?

Son doigt se pointa sur Faraldr comme une condamnation, et Armand eut l’impression que la glace envahissait ses entrailles.

– Que vous importe ?

– Simple curiosité.

– Après une pareille attaque, vous ne pouvez pas vous attendre à ce que nous soyons disposés à la satisfaire, cracha Mathilde.

Armand ne l’avait jamais vue aussi furieuse.

Islendigur allait reprendre, lorsque Joséphine se mit soudain à hurler à pleins poumons.

– N’Y TOUCHEZ PAS ! BANDE DE CREVARDS ! ORDURES !

Pour la taille qu’elle faisait, elle arrivait à produire un sacré volume ; Armand était admiratif. Surtout que cela tombait fort à propos : Islendigur fit une grimace, puis tourna les talons en voyant qu’elle continuait sur sa lancée.

À côté de lui, Mathilde s’affaissa légèrement ; puis ils regardèrent en silence les hommes s’emparer de leur vaisseau, tandis que Joséphine continuait de rythmer leurs efforts de ses imprécations. Elle fit mine de se lever malgré ses liens lorsqu’ils arrimèrent l’Ariane à l’aide de lourds crochets, sans prêter grande attention au bois coûteux de sa coque ; mais Mathilde parvint à la retenir.

– Joséphine, je vous en prie… Nous les retrouverons, ne vous faites pas tuer maintenant…

La mécanicienne gronda, mais se rassit lourdement.

Enfin, les bandits eurent fini leur ouvrage ; l’Ariane était arrimée et flottait à un mètre du sol grâce au système de réversion magnétique ; ils n’auraient aucun mal à la descendre du glacier. Islendigur se posta à nouveau devant eux ; son regard s’attarda, pensif, sur Faraldr, mais il ne reprit pas le sujet, au grand soulagement d’Armand.

– Je ferai prévenir Christine Göring ; elle pourra sans doute être là d’ici quelques heures. Si ce n’est pas possible, j’enverrai quelqu’un vous libérer.

Puis il fit signe à l’un de ses hommes, qui vint poser des couvertures sur leurs épaules ; une fois de plus, les dents de Joséphine faillirent faire une victime, et l’homme repartit à pas précipités.

– C’est ça, vas-y, cours… Je te retrouverai ! Je vous retrouverai tous ! menaça Joséphine.

– Vraiment navré que cela ait dû se passer ainsi, reprit Islendigur. En tout cas, veuillez accepter nos remerciements les plus sincères. Votre aide sera précieuse à la cause islandaise.

Puis, sans leur laisser le temps de répondre, il tourna les talons, monta à cheval et donna le signal du départ.

– ENFLURES ! RENDEZ-MOI MON VAISSEAU ! SOUS-MERDES ! RATS LÉPREUX !

Armand ferma les yeux, pris d’une violente envie de se frapper le front qu’il ne pouvait satisfaire avec ses mains liées dans le dos.

Islendigur et ses hommes n’étaient pas des contrebandiers ; c’était des indépendantistes.

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