Joséphine savait qu’elle avait mauvais caractère ; mais vu ce que la vie n’arrêtait pas de lui envoyer dans les dents, il ne fallait pas vraiment s’attendre à autre chose.

L’Ariane, c’était son vaisseau ; elle avait participé à sa commande, elle en était la mécanicienne attitrée. Il ne s’était pas passé plus d’une semaine sans qu’elle s’en occupe, même lorsque la patronne accaparait son temps pour un autre projet. Et ils venaient de la perdre !

Tout ça, c’était la faute de cet emplumé de militaire. Ils auraient dû se douter de quelque chose – non, ils s’étaient douté de quelque chose, ils auraient dû se méfier davantage, se séparer, aller trouver cette madame Göring…

– On aurait dû se battre, lâcha-t-elle dans le silence de la nuit.

– Pour se faire tuer ? répondit Armand d’un ton mordant.

– Je croyais que les militaires étaient censés être courageux !

Il se tourna brusquement vers elle ; les Islandais leur avait laissé une lanterne, dont la lueur dansait dans son regard noir.

– Ç’aurait été du suicide ! Ce n’est pas du courage, mais de la stupidité !

– Oh, parce que c’est vrai que mener des contrebandiers jusqu’à notre vaisseau c’était vraiment intelligent !

Il allait répliquer, lorsque Mathilde les interrompit d’une voix lasse :

– Ce ne sont pas des contrebandiers. Ce sont des indépendantistes.

– Des quoi ?

– Le mouvement n’est pas très connu, même s’il prend de l’ampleur. Leur but est d’obtenir l’indépendance de l’Islande vis-à-vis du Danemark.

– En quoi ça va les aider de nous prendre l’Ariane ? ne put s’empêcher de demander Joséphine, intriguée malgré elle.

– Je ne sais pas ! s’exclama Mathilde, qui avait l’air de mal supporter d’ignorer quelque chose – ou alors c’était le froid qui commençait à faire trembler sa voix.

– Ils n’en tireront rien au marché noir, c’est un vaisseau beaucoup trop reconnaissable, fit Armand d’un air songeur.

– Ils pourraient la désosser et réutiliser les parties, poursuivit Joséphine en réfléchissant.

Revendre les circuits et les transformateurs était difficile, même au marché noir, car les industriels exerçaient des contrôles trop stricts ; par contre, ils pouvaient peut-être les modifier pour en faire autre chose.

– Il y a eu une explosion, dernièrement, non ? demanda Armand, qui suivait de toute évidence le même fil.

– En mars… répondit Mathilde, l’air songeuse. Une grosse usine d’armement, au Nord. Elle a fait deux morts. La couronne danoise prend la menace très au sérieux ; le mouvement a été pacifique jusque là, mais tout le monde a peur qu’il ne prenne un tour violent.

– Voilà pourquoi ils pourraient utiliser les pièces détachées, peut-être.

– Ce qui est bizarre, intervint Joséphine, plus calme à présent qu’elle avait un problème d’ingénierie sous la dent, c’est que ce serait franchement compliqué de fabriquer une bombe avec ce qu’il y a à bord. Il faudrait un sacré bon artificier. Doit y avoir au moins dix manières plus simples et moins coûteuses de procéder.

– Dans ce cas, je ne vois pas, fit Armand d’un ton perplexe.

Joséphine s’apprêtait à lui faire remarquer que de toute manière, elle ne s’attendait pas à ce qu’il soit particulièrement utile, lorsque Mathilde reprit la parole.

– En tout cas, le seul point positif, c’est qu’ils n’auront aucun intérêt à nous dénoncer aux autorités, même si on publie des avis de recherche à notre encontre.

– Mais ils sauront qui nous sommes, fit Armand.

C’était vrai que Faraldr, avec sa carrure et son bras en moins, était quand même assez reconnaissable. En plus, ce satané Islendigur s’était intéressé à lui. Joséphine serra les dents : s’il osait se repointer devant elle, elle lui referait le portrait. Et cette fois, ni Armand ni Mathilde ne pourraient l’en empêcher.

– Là ! dit soudain Faraldr, qui avait réussi à se lever et faisait les cents pas pendant qu’ils se disputaient. Lumière !

Effectivement, une lueur était apparue sur le glacier : quelqu’un venait. Pourvu seulement, se dit Joséphine, que ce soit madame Göring et pas la police… Ils se tendirent tous ; mais ils ne pouvaient pas faire grand-chose d’autre qu’attendre. Enfin, au bout de très longues minutes, deux hommes et une jeune fille vêtus comme des domestiques, ainsi qu’une vieille dame à l’allure bien plus riche, se trouvèrent devant eux. Aussitôt on les aida à se relever avant de défaire leurs liens ; Joséphine se mordit les lèvres pour retenir un cri lorsque ses bras furent libérés et que le sang recommença à circuler librement. Ça faisait un mal de chien ! Ces maudits Islandais n’y étaient pas allés de main morte.

Sa seule consolation, c’est qu’elle aussi leur avait laissé des souvenirs. Un ou deux d’entre eux allaient avoir un bel œil au beurre noir, demain matin.

– Je suis Christine Göring, se présenta la dame en les regardant d’un air curieux. On m’a prévenue que je trouverais une mademoiselle Blanc ici, une de mes amies… Mais je ne connais aucune mademoiselle Blanc.

Mathilde s’avança, l’air gênée.

– Pardonnez-moi. Je suis Mathilde d’Amoys, de la faculté de Caen. Je suis désolée de ce subterfuge, mais nous avons besoin d’aide.

Madame Göring fronça les sourcils, mais prit Mathilde par les épaules avec douceur.

– Ma pauvre enfant. Je suis ravie de vous rencontrer enfin, même si j’aurais préféré le faire en de meilleures circonstances. Allons, pouvez-vous redescendre jusqu’à la voiture ? Vous me raconterez toute l’histoire en chemin.

Mathilde hocha la tête, et ils se mirent en route tandis qu’elle entamait le récit de leurs péripéties. Joséphine lança un dernier regard vers l’endroit où avait atterri l’Ariane ; quoi qu’il arrive, elle retrouverait son vaisseau, elle s’en fit la promesse.

Et elle collerait un bon pain dans la figure d’Islendigur, aussi.

Ils firent le trajet jusque chez Christine Göring à bord d’une automobile aux sièges très confortables ; Faraldr appréciait de plus en plus les moyens de transport de cette époque. Armand monta devant, à l’insistance de Mathilde, qui se serra à l’arrière avec Joséphine et lui. Les serviteurs les suivirent à cheval.

Il ne se passa pas grand-chose pendant le trajet ; la conversation se déroula principalement entre Armand et madame Göring, qui conduisait, tandis que Joséphine regardait par la fenêtre d’un air renfrogné. Mathilde participait parfois, mais elle semblait à bout de forces. Faraldr se permit de lui prendre le bras pour essayer de la réchauffer un peu plus rapidement, ce contre quoi elle ne protesta pas, se contentant de soupirer.

Ils traversèrent deux villages et de grandes étendues abandonnées aux elfes avant de s’arrêter devant une ferme, sur une hauteur. La demeure principale rappela à Faraldr les maisons traditionnelles qu’il avait connues toute sa vie : toute en longueur, avec un toit pentu recouvert d’herbe et parsemé de petites fleurs qui semblaient argentées sous la lumière de la lune. Cependant, cette maison-là était très grande, avec une porte magnifique, richement ornée de sculptures dorées. Cette femme qui les accueillait devait avoir une position sociale importante. La maison et ses dépendances étaient assez grandes pour abriter troupeaux et esclaves en nombre – et sans doute d’autres surprises du monde moderne, comme chez la tante de Mathilde.

– Je vous en prie, entrez, les invita courtoisement Christine Göring en ouvrant la porte, laissant un flot de lumière chaude se répandre dans la cour.

Elle ne l’avait pas dit en français, réalisa Faraldr en voyant Armand et Joséphine plisser les yeux. Il n’allait pas s’aventurer à essayer de traduire ; mais l’idée de le faire l’amusa un instant.

Mathilde la remercia puis entra, et ils la suivirent. Leur hôtesse resta à côté du seuil, en les fixant tour à tour d’un regard où perçait une vive curiosité ; ses yeux s’attardèrent sur Faraldr, qui dut faire un effort pour ne pas presser le pas.

Ils se retrouvèrent dans une grande salle au bout de laquelle trônait une immense cheminée. Sur les murs s’alignaient des bibliothèques remplies de livres, ainsi que des boucliers et des armes ; des lampes qui devaient fonctionner avec cette énergie galvanique omniprésente éclairaient vivement les meubles richement ornés.

– Asseyez-vous, je vous en prie, les poussa Christine Göring, avant de glisser quelques mots à une servante qui revint quelques instants plus tard avec un lourd plateau couvert de nourriture.

Faraldr était affamé, mais il s’appliqua à imiter en tout Mathilde afin de ne pas commettre d’impair, se servant peu et mangeant lentement. Joséphine, comme chez la tante de Mathilde, ne s’embarrassait pas et dévorait avec appétit tout ce qui passait à sa portée ; Armand lui lançait des regards furieux, mais Mathilde et Christine Göring, assises un peu à l’écart, étaient trop plongées dans leur discussion pour y prêter attention.

Elles parlaient de lui, évidemment. Il comprit par bribes que Mathilde expliquait son arrivée dans ce siècle. Leur hôtesse écouta sans broncher ; puis elle releva les yeux vers lui. Faraldr reposa aussitôt le morceau de pain qu’il avait à la main, essayant de dissimuler sa nervosité. Si Christine Göring n’acceptait pas de les cacher, ils devraient trouver autre chose pour échapper à leurs poursuivants – et sans vaisseau, cela s’annonçait difficile.

– Vous êtes Faraldr, dit-elle en l’examinant de son regard perçant.

– Faraldr Helgusson. Merci de votre hospitalité.

– Et moi, je suis Christine Göring, répéta-t-elle. Ou Christine Gustavsdottir, à la mode islandaise.

Faraldr inclina la tête en guise de salut, mais il ne savait que dire ; il dut faire un effort pour éviter de piétiner sur sa chaise comme un enfant. Comme ses compagnons d’armes auraient ri de le voir ainsi ! Mais cette dame tenait entre ses mains leur destin, au moins pour les jours à venir ; et il avait toujours du mal à saisir toutes les manières de ce monde.

– Que pensez-vous de notre siècle, Faraldr Helguson ? demanda-t-elle enfin, comme si elle lisait dans ses pensées.

– Je ne sais pas encore, admit-il, choisissant de faire preuve de franchise. Beaucoup de choses ont changé. Je crois… Je crois que j’aimerais en apprendre davantage. Et je suis heureux d’avoir trouvé une bienfaitrice prête à m’aider, ajouta-t-il avec un regard pour Mathilde, qui lui fit un petit sourire encourageant.

Les yeux scrutateurs restèrent fixés sur lui encore un moment qui lui parut bien long, puis Christine Gustavsdottir secoua la tête.

– Pour ce qui vous est arrivé en France, je ne peux rien dire, mais soyez indulgents envers Jon. Il croit agir pour le bien de tous. En tout cas, vous me feriez un grand honneur en demeurant chez moi.

– Je dois vous prévenir du danger, dit alors Mathilde d’un ton grave.

Mais la vieille dame l’arrêta d’un geste.

– Vous m’en avez déjà bien assez parlé comme ça. Vous serez plus en sécurité avec moi et mes relations ; de toute manière, à mon âge, que pourrait-on me faire ? Je ne risque pas grand-chose. Et puis, je ne vais pas rater cette occasion de discuter avec un véritable Nordmän.

Soudain, sa voix avait pris un ton émerveillé, et elle tourna vers lui un regard pensif.

– Un Nordmän… Tout de même, c’est incroyable.

– Croyez-moi, fit Mathilde d’un air sérieux, c’est bien la vérité. Vous n’aurez qu’à discuter un peu avec lui pour vous en rendre compte.

– Oh, je vous crois déjà. Mais j’espère que vous me ferez l’honneur de discuter avec moi, Faraldr.

Il inclina la tête, tout en espérant qu’elle ne comptait pas avoir une trop longue discussion ; il était fatigué, même s’il essayait de ne pas le laisser paraître.

– L’honneur est pour moi, Christine Gustavsdottir.

– Mais pas tout de suite, dit-elle à son grand soulagement. Vous avez eu une longue journée.

Elle appela, et la jeune fille qu’ils avaient déjà vue sur le glacier apparut pour les accompagner à leurs chambres.

La domestique les conduisit dehors et leur ouvrit la porte d’une des dépendances qui donnaient sur la cour. Mathilde passa la première, pour se retrouver dans une petite salle avec une cheminée où brûlait doucement un feu de tourbe, entourée de fauteuils confortables. Quatre portes s’ouvraient sur la salle, deux de chaque côté : trois chambres, chacune disposant de deux lits dont les draps immaculés étaient recouverts d’épaisses courtepointe brodées, ainsi qu’une salle de bain dotée de tout le confort moderne. Christine Göring ne reculait pas devant la dépense pour recevoir.

– Voulez-vous être réveillés demain matin pour le petit-déjeuner ? Il est servi à neuf heures, lui demanda ensuite la jeune fille.

– Oh… Attendez un instant.

Elle répéta la question pour Joséphine et Armand, puis consulta sa montre : il était deux heures du matin. Joséphine émit un gémissement, mais se rendit à contrecœur à l’avis qu’il valait mieux se conformer à leur hôtesse.

Mathilde transmit le message ; la jeune domestique s’inclina et les laissa, en leur promettant de leur amener des vêtements propres le lendemain.

Elle était épuisée ; pourtant, elle sentait toujours une espèce de tension nerveuse la parcourir. Ses compagnons aussi, apparemment : Faraldr, malgré ses traits tirés, regardait autour de lui avec curiosité, Armand explorait l’une des chambres, et Joséphine était partie dans la salle de bains, où elle semblait s’intéresser à la tuyauterie. Mathilde décida que le repos pouvait sans doute attendre quelques minutes de plus.

– Peut-être pourrions-nous faire un point, lança-t-elle à la cantonade, avant de traduire à voix basse ce qu’elle venait de dire pour Faraldr.

– S’il vous plaît, dit celui-ci en français. Je veux… Apprendre ? Apprendre. Parlez votre langue, ajouta-t-il avec un geste les englobant.

– Très bien, dit Mathilde en hochant la tête. Mais dites-moi si vous ne comprenez pas. Je traduirai.

Il fronça les sourcils, et elle le vit articuler les mots qu’elle venait de prononcer ; mais avant qu’elle ne soit tentée de lui réexpliquer en islandais, son visage s’éclaircit et il hocha la tête. Armand prit un air impressionné. Il y avait de quoi ; les progrès de Faraldr étaient fulgurants.

Joséphine les rejoignit et s’enfonça avec délectation dans le fauteuil le plus proche du feu. Armand et Mathilde prirent place à leur tour, plus convenablement, puis Faraldr, qui les regardait avec tant d’attention que Mathilde ne sut par quoi commencer.

– Bon, la sauva Joséphine. On est Islande, mais on est poursuivis et on a perdu l’Ariane. Qu’est-ce qu’on fait, maintenant ?

Mathilde sentit l’accablement s’abattre à nouveau sur elle. Résumée ainsi, la situation était décourageante.

– Il faut retrouver l’Ariane – ou, à défaut, un nouveau moyen de transport. Je pense qu’une sortie à Reykjavík serait une bonne idée, commença Armand.

– Ou nous pourrions rester cachés quelques temps, pour nous faire oublier, répliqua Mathilde.

Joséphine eut une moue dubitative, et Armand secoua la tête ; même Faraldr ne semblait pas convaincu.

– Je sais que tu fais confiance à madame Göring, et je ne dis pas que tu as tort. Elle s’est montrée très accueillante ; mais il nous faut un moyen de partir d’ici rapidement en cas de besoin. Lefèvre ne devrait pas être encore arrivé, ou en tout cas il n’aura pas eu le temps d’établir de contacts, reprit Armand. C’est le moment ou jamais de nous renseigner. Et puis, nous pourrions essayer de contacter ta tante… ajouta-t-il non sans une certaine fourberie – il savait qu’elle s’inquiétait.

– Tu n’as pas tort, concéda-t-elle de mauvaise grâce. Mais Reykjavík ? C’est prendre beaucoup de risques…

– C’est vrai que jusqu’à présent, on est restés vraiment prudents, lâcha Joséphine d’un ton sarcastique.

– Mathilde, hasarda Faraldr. Qu’est-ce que veut dire, prudent ?

Joséphine se mit à ricaner, Armand leva les yeux au ciel, et Mathilde se retint de se masser les tempes pour expliquer rapidement à Faraldr ce mot que leur comportement n’avait pas pu faire entrer dans son vocabulaire.

– Peut-être qu’un peu de prudence ne nous ferait pas de mal, déclara-t-elle ensuite.

– Mathilde, rester terrés dans un lieu isolé, sans plan de secours, ce n’est pas de la prudence. C’est jouer les autruches. Savoir prendre des risques au moment le plus opportun, c’est se ménager un futur moins risqué, l’amiral le répétait souvent…

Armand se rembrunit et n’acheva pas sa phrase. Mathilde se mordit les lèvres. Ce devait être difficile pour lui ; depuis qu’il y avait été admis, il s’était toujours montré particulièrement fier d’être dans l’armée aéroportée.

– Je suis désolée, fit-elle à voix basse.

Il releva la tête vers elle et eut un sourire amer.

– Ne t’inquiète pas pour moi. Je m’en remettrai.

Joséphine ouvrit la bouche, les sourcils froncés ; puis, au grand soulagement de Mathilde qui n’avait pas vraiment envie de s’interposer dans une nouvelle dispute, elle la referma sans rien dire. Faraldr lui effleura l’épaule, l’air interrogateur, et elle lui traduisit rapidement ce qu’avait dit Armand. Il ne savait pas, réalisa alors Mathilde, ce que son cousin avait perdu pour venir à son secours ; lorsqu’elle le lui expliqua, il le contempla d’un air pensif.

– Donc, reprit Armand d’un ton plus ferme, comme pour masquer sa gêne. Le mieux à faire, je pense, serait de demander à madame Göring de nous emmener à Reykjavík demain. Peut-être vaudrait-il mieux ne pas tous y aller, surtout toi, Faraldr. Et au passage, nous devrions essayer de nous renseigner un peu plus sur cette Islendigur ; peut-être notre hôtesse pourra-t-elle nous y aider. Plus nous en saurons sur lui, plus nous aurons de chances de récupérer l’Ariane

Elle traduisit à Faraldr quelques points qu’il n’avait pas compris, puis se retrouva face à trois visages déterminés.

– Très bien, capitula-t-elle. À Reykjavík, donc…

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