écriture

De l’érudition obtenue sur le tas

Pour cette fin d’année j’ai plusieurs projets sur le feu : déjà, retravailler le tome 2 de la Saga Galvanique ; mais aussi écrire le premier jet du tome 3 !

Et qui dit premier jet… dit recherches, en tout cas en ce qui me concerne. Si le sujet vous intéresse, voilà comment je procède. Au menu : incroyables révélations, questions existentielles et sans doute beaucoup trop de livres, pour changer.

Où se cache le savoir ?

Attention accrochez-vous bien à votre chaise (si vous êtes plutôt du genre à lire debout, désolée, je ne peux rien pour vous) : mon endroit préféré pour trouver des informations, c’est…

dans des livres.

Oui, je sais, révolutionnaire. Bon, en vrai je ne commence pas tout de suite par les livres (oui je mens, que voulez-vous, je suis écrivaine). D’abord, direction Internet, ce cher ami, pour un petit passage rapide sur divers moteurs de recherche et autres encyclopédies (Wikipédia quoi) afin de défricher un peu le terrain. À ce stade, je cherche les bases, le genre de truc qu’on est censés apprendre au collège mais que j’ai oublié depuis : une idée de la géographie et de la culture, qui était Tsar en Russie en 1868, quels étaient les grands conflits, les alliances, les inventions notables, bref des notions très globales.

Ensuite, direction la bibliothèque où je procède à un véritable raid. J’ai tendance à être de l’école « mieux vaut trop que pas assez », donc je pioche assez largement dans les titres disponibles, du « Que sais-je » où je vais pouvoir confirmer mes recherches préliminaires à la monographie beaucoup plus pointue sur un sujet éventuellement intéressant, comme je ne sais pas, l’élevage de mammouths en Sibérie.

(vous vous en doutez peut-être, mes recherches sur la Russie ne sont pas encore follement avancées)

Une fois que j’ai épluché tout ça et acquis une culture générale colossale mais malheureusement à durée limitée (j’ai environ deux mois avant la débandade de la majorité de ces connaissances durement acquises), il y a souvent une dernière étape, qui peut avoir lieu après la rédaction en elle-même plutôt qu’en préparation : le retour sur Internet. Parce que si j’ai une question très précise sur un petit point de détail ou que je veux un plan ou une image, par exemple, c’est le plus simple ; et à ce stade, j’ai une base assez solide pour arriver à faire la part des choses entre les informations sérieuses et les affabulations totales.

(enfin, espérons)

Si les sites où l’on peut trouver des sources primaires en ligne vous intéressent, je n’ai qu’un mot pour vous : Gallica. Ah, et peut-être le projet Gutenberg. Et le site du Smithsonian. Oh, et n’oubliez pas non plus que les archives, qu’elles soient départementales ou municipales, numérisent de plus en plus leurs documents ! Attention juste à garder de vue ce que vous cherchez et à ne pas vous perdre pendant des heures.

(toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé serait purement fortuite)

Comment l’acquérir ?

Bon, mais une fois que j’ai mes piles de livres et de sources, j’en fais quoi ?

Là, c’est simple : je lis. Le plus dur, c’est de me bloquer des moments dans la journée en me disant que non, vraiment, ça fait partie de mon travail, c’est important, si si.

Bon, j’avoue, des fois le plus dur c’est d’aller au bout de certains bouquins, parce que la non-fiction, c’est pas toujours ce qu’il y a de plus passionnant, mais passons.

Ensuite, très concrètement, je prends beaucoup de notes, j’en ai des carnets entiers. J’essaie de ne noter que ce dont je pourrais avoir besoin… mais le champ peut être vaste, parce que je ne sais pas toujours avec précision quels vont être les contours de mon intrigue ! Je lis quand même tout ce qui ne vaut pas la peine d’être noté, quitte à y aller parfois en diagonale quand c’est trop éloigné de mon sujet ; comme ça, j’ai un contexte plus général en tête, et parfois ça peut me réorienter sur certains points plus tard, quand ils deviennent brusquement pertinents.

Le problème avec cette méthode, c’est qu’il faut être… eh bien, méthodique, ce que je n’ai pas toujours été. Mais il n’est jamais trop tard pour le devenir, heureusement, et mes notes sont de plus en plus rigoureuses !

Pourquoi endurer tout cela ?

Je ne dis pas que ça ne changera pas un jour, mais pour l’instant, j’écris de l’uchronie. C’est-à-dire pas l’Histoire telle qu’elle est réellement, mais telle qu’elle aurait pu évoluer différemment. L’avantage, c’est que j’ai plus de marge de manœuvre que si j’écrivais des livres purement historiques. Par exemple, en 1866, à l’époque de La Vieille Fille et le Viking, ça fait seulement 5 ans qu’une femme a réussi à passer le baccalauréat ; alors une assistante dans une faculté… La chaire des études nordiques est également inventée de toutes pièces, hélas. Mais peu importe, parce que je fais de l’uchronie ! Ça me laisse aussi une petite marge en cas d’erreur. Quoi, vous n’êtes pas d’accord avec la date que je donne pour la première exploitation de l’énergie géothermique ? Uchronie ! Tel personnage était déjà mort cette année-là ? Uchronie ! Il n’y jamais eu de reine Christine du Danemark ? Uchronie ! (et franchement, amélioration, non ?)

Bon, mais ce genre de réponse est quand même à manier avec précaution, et c’est pour ça que je fais autant de recherches. Dans un roman le lecteur s’engage à se laisser emporter par ce que que lui raconte l’auteur… mais seulement tant que l’auteur n’abuse pas. C’est un équilibre délicat à trouver, surtout que tous les lecteurs n’ont pas les mêmes connaissances selon les domaines, et tous ne seront pas prêts à pardonner les mêmes erreurs. Je dis ça en tant que lectrice plus qu’autrice : je ne sais pas pour vous, mais ça m’est déjà arrivé d’être plongée dans une histoire vraiment prenante, et là paf. L’erreur qui choque, qui me saute à la gorge et me sort de ma transe. Un Viking qui boit du café en faisant cuire des patates sous la cendre.

Donc, plus je fais de recherches, plus j’ai de chances d’éviter une bourde qui va doucher mon lecteur. Et clairement, ça vaut toutes ces heures passées à étudier dans le détail le mode de vie des Islandais au Xe siècle.

(oui, j’avoue, j’aurais passé des heures à étudier ce sujet-là quoi qu’il arrive, c’est sans doute un mauvais exemple)

Point annexe : le désavantage certain de l’uchronie, c’est qu’il faut que je réinvente la roue. Et l’eau chaude. Et le barattage du beurre. Je ne peux pas simplement me fier à ce que je trouve dans mes bouquins ; il faut aussi que je passe du temps à réfléchir à ce qui a pu changer dans ma version par rapport à la réalité. Et pareil, pour faire ça, plus j’ai de connaissances, mieux c’est.

Bref, tout ça pour dire que ma carte de bibliothèque est ma meilleure alliée. Merci les bibliothécaires, je vous aime.

Ce que devient tout ce savoir

Et le plus drôle dans tout ça ? C’est que la grande majorité de ce boulot n’apparaîtra jamais dans aucun de mes livres. Oui, j’ai lu tout ce que j’ai pu trouver sur la monarchie danoise, et en fait non, je n’ai rien remis de ce que j’ai appris dans le texte. Mais ce n’est pas le but ; le but, c’est simplement que le texte soit cohérent et le plus irréprochable possible. Je ne suis pas censée charger l’iceberg sur le paquebot.

(cette métaphore est incertaine mais passons)

C’est difficile, et des fois je dois vraiment me retenir pour ne pas noyer ce qui intéresse vraiment tout le monde, à savoir l’histoire du bouquin ! Je ne sais pas si je suis très douée à ce petit jeu, si vous m’avez lue, à vous de me dire. J’avoue, des fois c’est trop tentant. Et puis bon, si je peux en profiter pour répandre un peu la bonne parole sur les Normands et leurs terribles esnèques

Voilà. Tout cet article pour vous expliquer dans le détail comment j’apprends plein de trucs avant de ne pas vous les transmettre. Je vous en prie.

On me souffle que c’est le moment de vous apprendre que, si vous vous inscrivez à ma newsletter, vous aurez le droit exclusif à des tartines enthousiastes sur mes dernières découvertes en date, qui peuvent aller des beuveries scandinaves au tsarines russes qui ont « de sacrés attributs », comme dirait Joséphine…

N’hésitez pas à venir me parler de votre sujet de recherches préféré en commentaires ! Parce que, auteur ou pas, on a tous un dada, non ?

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